CHAPITRE XXVII
Mesures pour le remplacement d'un Directeur. — Troubles en Angleterre. — Opinions diverses sur les députés. — Affaires d'Italie, paix de Leoben. — Rapports de Clarke avec Bonaparte. — Discussions intérieures. — Projets des Anglais sur les cotes de la Manclie. — Réfugiés américains. — Scène violente au sujet de la conduite du général Cambray. — Présentation de Masséna. — Drapeaux pris par l'armée de Sambre-et-Meuse. — Le capitaine Infernet. — L' ambassadeur de l'ordre de Malte. — Ma colère à propos des égorgements du Midi. — Je quitte la séance. — Protestation de Revellière contre la loi sur le tirage au sort des Directeurs. — On approuve les mesures de Bonaparte contre Venise. — Carnot consent au remplacement de Willot et d'Opson. — Louvet consul à Palerme. — Impuissance des terroristes d'après Cochon.
— Sambat. — La gendarmerie . — Message sur le tirage au sort.
— Responsabilité des communes. — Opinion de Carnot sur Beurnonville. — Discussion sur /'exequatur de la loi relative au tirage.
— Liste des Dix. — Encore /'exequatur. — Une promenade de Carnot. — Destitution des commandants militaires d'Aix et d'Avignon. — Organisation de la République Cisalpine. — Opérations de Bonaparte. — Bruits divers sur le nouveau Directeur. — Tirage au sort. — Scène pathétique. — Le nouveau Tiers. — Pichegru et Barbé-Marbois présidents des Conseils. — L'élection de Barère annulée. — Jaime, Ferrant, Gau, Mersan, Vaillant, Lecerf et Polissard. — Les chouans sur les grands chemins. — Bruits de police. — Donnerai-je ma démission? — Les vétérans. — Sur divers hommes. — Letourneur déclame encore. — Placards contre Beurnonville. — Mot de Masséna. — Le général Pulli. — On veut porter Cochon au Directoire. — Assassinats dans le Calvados. — Discussion sur l'état des partis. — Révolution à Venise et à Gènes.
— Maladie du roi de Prusse. — Protestations de son souverne-
ment. — Pénurie du Trésor. — Barthélémy Directeur. — Derniers adieux de Letourneur.
15 Fiordai Rewbell , après avoir fait retirer le secrétaire , croit devoir nous rappeler que l'époque du tirage du membre sortant du Directoire approche. Il a réfléchi sur la proposition, faite il y a quelque temps, qui consiste à ce que le membre qui sera atteint par le sort, lorsqu'il sera connu entre nous, soit censé donner sa démission de suite, de manière que son remplaçant soit nommé encore par le corps législatif actuel et avant l'arrivée du nouveau Tiers. On conçoit bien que ceux qui n'attendent que l'arrivée de ce nouveau Tiers pour se croire en force ne peuvent adhérer à l'opinion de Rewbell; elle est écartée, quoique Rewbell et moi, nous la partagions. Nous cédons à une réflexion : peut-être aurions-nous l'air de craindre les nouveaux arrivants ; or nous ne devons point lutter avec eux par ruse et par tergiversations. S'il le faut, nous les combattrons en face. Voilà ce qui est digne de nous ! Il est arrêté seulement qu'il sera donné au membre sortant trois chevaux et sa voiture, avec les dix mille francs mis dans la bourse commune par chacun de nous sur notre traitement,, ce qui lui réalisera une somme de quarante mille francs en totalité. Voilà tout le luxe directorial. Les Spartiates d'alors ne trouvaient pas que cela fût même très modeste. Il fut convenu encore que les membres restants prendraient l'engagement d'honneur de protéger contre la malveillance leur collègue sortant.
On écrit de Londres que de grands troubles se manifestent dans les équipages et les ports de l'Angleterre ; que les troupes de terre s'insurgent aussi, et demandent d'être payées; quêteurs officiers sont gardés à vue.
Letourneur et Carnot proposent d'employer le général Menou. Ils ont oublié la commission des Cinq. « Menou n'a pas de quoi vivre », dit Carnot. Je réponds : « Donnez-lui un traitement de retraite, et n'employez que les républicains prononcés ». Carnot se félicite de l'attachement que portent à la Constitution et au gouvernement les députés Dumolard, Portails, Siméon; il s'appuie sur l'assurance qu'ils lui en donnent tous les jours. « Je ne les crois en rien, dit Rewbell. — Pas plus que moi je ne crois Boissy, ajoute Revellière : sa conduite est trop différente de ses paroles. Il est, dit-il, aussi faux patriote que faux brave : témoin son affaire tant vantée du 1er Prairial, où il a voulu se donner le rôle d'une intrépidité égale à celle de Coligny, à la différence près cependant de la mort de celuici, tandis que notre Boissy non seulement n'a pas eu une égrati-