CHAPITRE XXVII
gnure, mais encore a eu si peu le méiMte de la résistance, que toute sa conduite a été celle de l'immobilité de la peur. Il s'est trouvé au milieu de deux piques, dont l'une à gauche, l'autre à droite, et il n'a pas bougé : voilà toute l'histoire de Boissy dans la journée de Prairial ; c'est la peur la plus complète, qu'on a depuis revêtue d'héroïsme. »
Le Directoire, pour honorer et encourager les armées, a vu avec plaisir que les officiers les plus distingués fussent de temps en temps chargés de missions qui donnassent au Directoire l'occasion de les traiter avec affection et considération. C'était, pour la République comme aux yeux de l'Europe, un spectacle utile que celui de l'union des guerriers français avec l'autorité civile. L'un de ceux qui, depuis l'ouverture de la campagne, avaient fait le plus de preuves militaires, le général Masséna, est chargé d'apporter la ratification des préliminaires de Leoben. Bonaparte croit qu'il sera possible de 16 ot 17 terminer la paix en Italie; il voit beaucoup d'inconvénients dans un congrès. Il se plaint des États vénitiens : il veut leur déclarer la guerre. Elle existe déjà de fait, puisque les articles préliminaires signés retirent à Venise ses États de terre ferme en faveur de l'empereur d'Autriche. Rewbell ne croit pas à l'indépendance du Milanais, tant que l'empereur sera maître de Mantoue. Nous sommes joués; les États de Venise étant bientôt cédés à l'Autriche, elle deviendra puissance commei'çante. Carnot trouve que Mantoue n'aurait pas dû être cédé à l'empereur. Il partage notre inquiétude sur le Milanais ; il faudra des guerres pour le soutenir. Carnot annonce un projet qui lui semble devoir tout concilier, en établissant des gouvernements représentatifs. Leclerc retourne en Italie et dit avoir reçu de Carnot la recommandation de soumettre à Bonaparte son désir de donner le Milanais à l'infant duc de Parme, et d'ajouter quelques possessions à celle du roi de Sardaigne. Le Directoire estil donc l'avocat des rois au préjudice des peuples? Je demande qu'on écrive à Bonaparte qu'en cas d'occupation de Venise, sa réunion ne peut avoir lieu qu'avec la République Lombarde, ainsi que Bologne, Ferrare et Mantoue ; s'il est nécessaire de trouver encore des compensations pour l'Autrichien, qu'on les lui donne en Allemagne. Adopté.
Clarke, qui, dans le principe, fut envoyé en Italie pour être l'observateur de Bonaparte, en est devenu l'admirateur; ou du moins joue-t-il ce rôle ordinaire des courtisans qui, pour arriver à leurs fins, donnent habilement leur bassesse pour leur admiration. Cette comédie a réussi au gascon anglais (on sait que Clarke est Irlandais, et que les Irlandais sont appelés les gascons de l'Angleterre). Bonaparte traite maintenant Clarke avec distinction; et sans quitter le ton de protecteur qu'il emploie envers tout le monde, il lui pro-
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digue des dehors d'amitié : il demande même que Clarke lui soit adjoint.
Carnot témoigne sa crainte de voir nommer Charles Lacroix membre du Directoire, pour remplacer celui qui doit sortir. Lacroix assure, ainsi que Bergoing, que Langiois, précédemment auteur du Messager, maintenant du Censeur, va journellement chez Carnot puiser des articles que ce Directeur veut faire insérer dans le Censeur, son journal de prédilection. Au moment où la victoire nous envoyait des chefs-d'œuvre des arts, qui devaient orner nos musées et embellir notre pays, ce fut une chose singulière de voir des Français venir contrarier ce mouvement si utile à tous les progrès, qu'ils attendaient depuis longtemps dans notre patrie. On envoyait depuis si longtemps à Rome des élèves français pour s'y pénétrer de la contemplation des beaux ouvrages des arts! Ici c'étaient ces ouvrages que nous allions posséder, c'était Rome elle-même qui se transportait à Paris. Sans discuter les raisons pour ou contre ces translations, qui sont encore les déplacements les plus innocents de la guerre, il est curieux de voir ce David, qui depuis au service de Napoléon a si singulièrement approuvé et admiré sa conduite spoliatrice, se réunir ici à l'opinion d'un certain Quatremère de Quincy qui a figuré et doit figurer par suite d'une manière si distinguée dans les fastes contre-révolutionnaires.
Voici la note particulière que le Directoire reçoit à ce sujet :
« Les deux soi-disant députés du peuple romain, arrivés ici en même temps que l'envoyé du Pape, quoique feignant de n'être point d'accord avec lui, n'en visent pas moins au même but, et, à force d'intriguer, ont enfin obtenu la pétition de quelques inciviques artistes contre le transport à Paris des tableaux et statues déterminés dans l'armistice avec le Pape.
« Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette pétition, c'est le seing de David. Mais le Directoire saura que depuis qu'il est question de ce transport, David s'en félicitait plus que personne, et qu'il n'y a pas plus de dix jours, il disait à qui voulait l'entendre qu'il n'y avait que des chouans qui pussent former un vœu contraire à celui de voir ici réunis tant de chefs-d'œuvre de l'art.
« Pour lui tourner la tète, les royalistes lui ont donc lâché le Quatremère de Ouincy. Contre tant d'esprit, la pauvre cervelle de David n'a pu résister; il a cédé pour faire la paix avec ces confrères : avant-hier un grand repas a scellé le i^accommodement, et l'imbécile de David s'est déshonoré par sa signature.
« Il est bon de savoir aussi que de ces deux députés romains, l'un est un artiste de bonne foi, mais l'autre n'est qu'un intrigant connu pour avoir toujours été le sigisbée des femmes et le mignon des messieurs. Le Directoire recevra dans peu une pétition toute