‹ Mémoires;Chapitre 213 sur 302 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Cochon fait lecture d'une lettre de notre agent secret dans le Midi. Cadet, quoique dévoué à Letourneur et à Carnot, annonce de Toulon que Moynot d'Opson fait un mal horrible dans ces contrées; qu'il emploie des égorgeurs connus, soldés par les Anglais et par l'extérieur, pour persécuter et tuer les soi-disant terroristes qui sont les patriotes. L'ancien régime n'a jamais offert de pareils crimes : je ne puis retenir son indignation; j'accuse les membres du Directoire qui protègent les chefs militaires protecteurs à leur tour de tout ce qui est royaliste et sanguinaire. Toutes mes réclamations ont été jusqu'ici sans résultat : un rapport demandé avec instances n'a point été fait; le sang républicain coule de toute part, sans émouvoir des hommes qui dans les comités antérieurs au 9 Thermidor exerçaient une tyrannie que nous avons terrassée dans cette journée. Non, le peuple français, trop longtemps victime, ni moi le premier, nous ne souffrirons le retour de pareilles horreurs, quel que soit le masque dont on les couvre. Tout le monde reste muet : le silence redouble ma colère. J'ai parlé, et je prends le parti de me retirer : Revellière partage mon opinion, mais il me blâme de quitter la séance, et il a raison.

Revellière a déclaré qu'il protestait contre la loi cjui vient d'être faite par le corps législatif, sur le mode de tirage des membres du Directoire. Le législateur n'a pas le droit de s'immiscer dans un acte attribué au Directoire seul par la Constitution de l'an III, qui a sagement divisé les pouvoirs pour les pondérer. Revellière soutient sa protestation; aucun de ses collègues ne croit pouvoir le soutenir. Dans la crainte de paraître trop occupés de notre individualité, et n'ayant d'ailleurs que les intentions les plus droites et aucune combinaison d'intérêt personnel pour vouloir arranger les choses autrement qu'avec toute la publicité et la netteté possibles, nous décidons que nous nous conformerons à la loi. Carnot propose d'opérer de suite notre tirage au sort, d'appeler les ministres; ensuite d'adresser séance tenante le procès-verbal aux deux Conseils ajournés.

Il sera écrit à Bonaparte que ses mesures contre Venise sont approuvées. Le Directoire adopte de même ses vues pour repousser l'agression.

Le général Scherer a été nommé au commandement de la huitième division militaire. Carnot, disant que ce général refuse, propose d'envoyer Baraguey d'Hilliers en sa place. Nous croyons devoir maintenir Scherer. II sera écrit à ce général de se rendre à son poste. Le remplacement de Moynot d'Opson est demandé. Carnot veut y ajouter la destitution de plusieurs municipaux de Toulon, honnêtes et patriotes, et cela, sur l'accusation de Willot, qui devrait lui-même depuis si longtemps être arrêté et jugé. Carnot réclame

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l'autorité de l'adjudant général Leclerc, de qui il tiendrait que l'opinion de l'armée était heureusement revenue sur Willot : « Leclerc a avancé le contraire chez moi publiquement, dis-je à Carnot : il a déclaré que Willot, son parent, n'aurait jamais dû être choisi pour une mission de paix; qu'au reste il n'était pas dans le sens de la République. » Carnot paraît s'amender; il désire qu'on ne réveille pas les passions : il consent enfin que Willot et Moynot d'Opson soient remplacés.

Le Directoire fait nommer à des places de consuls plusieurs députés sortants qui ont été nos collègues à la Convention nationale. Je parvins par transaction à obtenir que Louvet sera du' nombre. Sa triste santé, perdue dans tant de perturbations révolutionnaires, lui permettra-t-elle de se rendre au modeste consulat de Palerme?

A l'ouverture de la séance, Letourneur demande au ministi-e de la police si les terroristes conspirent toujours, et si Sambat est toujours à leur tête et les dirige; s'ils ont toujours le projet d'enlever les prisonniers de Vendôme. Cochon répond : « Ils sont tous impuissants ». C'était laisser en suspens la question intentionnelle.

Le Directoire s'occupe d'un travail sur la gendarmerie. Le citoyen Ducros Obert a été signalé comme terroriste par Willot et Jourdan (des Bouches-du-Rhône); cet officier de mérite sera exclu. J'obtiens que ce soit au moins après rapport.

Revellière, continuant à désapprouver la résolution des Cinq-Cents relative au tirage des membres du Directoire, blâme encore davantage la sanction qui vient d'y être donnée par le Conseil des Anciens, surtout au paragraphe qui exige l'envoi du procès-verbal au corps législatif. Cet acte est contraire à la Constitution, qui donne la signature au président. Rewbell est d'avis d'un message motivé sur l'inconstitutionnalité de l'acte. Carnot se réunit à cette opinion et à celle de Revellière. Tous deux se retirent pour rédiger ensemble le message, qui est adopté.

Le ministre de la police annonce que Fauchet, Tallien et Fréron sont à la tête d'un nouveau mouvement terroriste ; que les royalistes continuent toujours leurs assassinats. Je déplore l'inaction du gouvernement en présence de tant de maux. Je demande un message positif pour obtenir une loi qui rende les communes responsables des attentats qui se commettraient sur leur territoire, et prononcer dans ce cas la destitution des autorités et leur mise en jugement. Les ministres de la justice et de la police réunis feront un rapport et un projet de message.

Carnot craint que les intrigues de Beurnonville ne réussissent à le faire nommer Directeur, Cela serait fâcheux. Ce général n'a la confiance d'aucune des armées ; il n'a jamais passé le Rhin ; il n'est

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