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CHAPITRE XXVII

Carnot lit une affiche placardée contre Beurnonville, qui est signalé comme un lâche, un inepte militaire, un misérable intrigant, un souteneur de tripots. Masséna, après avoir lu cette affiche, a dit qu'il se jetterait à Feau si pareille chose lui arrivait. Beurnonville n'en est pas à une semblable accusation près : deux membres du Directoire se regardent en souriant, et portent la majorité à croire qu'ils en sont les auteurs.

Au moment où le ministre de la guerre vient apporter les nominations militaires, Carnot avait rapidement écrit le nom du général Pulli comme inspecteur. Rewbell dit qu'il retire sa signature à une pareille présentation, il espère que ses collègues en feront autant. Le général Pulli est un véritable ennemi de la liberté. La nomination est rapportée. Letourneur et Carnot expriment tous leurs désirs de voir nommer Cochon Directeur à la place du sortant. Il paraît qu'ils n'épargnent point les démarches à cet effet.

La correspondance annonce de nouveaux assassinats dans le Calvados. Je rappelle les mesures et les messages proposés. Le Directoire lève la séance.

Rewbell et La Revellière ne se dissimulent pas le danger que «ourt la patrie, lorsqu'on voit la marche du corps législatif, les assassinats de l'intérieur, les prêtres fanatiques favorisés, les émigrés rentrant de toutes parts, le royalisme triomphant, le découragement des patriotes; un pareil état de choses nécessite des mesures promptes : elles appartiennent aux ministres de la justice et de la police. Carnot s'étonne que La Revellière et Rewbell attachent de l'importance à ce qu'il appelle les caquetages de l'anarchie. Il défend le corps législatif, conservateur, dit-il, de la Repu blique. Revellière souhaiterait que tous ses collègues vécussent aussi isolés que lui de toute intrigue. Carnot, dont la vie se passe à craindre tout, dit maintenant que ceux qui craignent sont des lâches, qu'il y a très peu de royalistes. Letourneur applaudit; Cochon présent garde le silence. Carnot continue et prétend que les prêtres ne font tant de mal que parce qu'on les persécute. Il apostrophe Rewbell, qui a dit que son département était fanatisé. Carnot soutient le contraire et donne pour garant le général Moreau, qui, ayant toujours guerroyé de ce côté, connaît parfaitement le département du Haut-Rhin. Mais Scherer affirme que le fanatisme y est inoculé; il le justifie par le choix de l'assemblée électorale. « Rewbell et La Revellière viennent nous débiter là des commérages, dit Carnot : je nie ce qu'ils avancent, et j'en prouverai la fausseté. » Il termine par ces mots : « Vous êtes trois contre moi, vous êtes les maîtres : eh bien, dictez des arrêtés ».

Bonaparte écrit que la république de Venise le requiert de mettre garnison française chez elle. II vient de conclure avec le grand con-

5 Prairial

6 Prairial an V.

seil un traité très important. Un gouvernement démocratique remplace le Sénat; la terre ferme sera évacuée à la paix continentale; trois millions seront livrés à la République française en chanvres et autres marchandises, ainsi que trois vaisseaux de guerre et trois frégates. Une révolution se prépare à Gênes. Le Pape est malade; il sollicite les ordres du Directoire. Il sera écrit à Bonaparte de lavoriser la révolution de Gênes; si le Pape meurt, il empêchera tout conclave; il protégera l'établissement des gouvernements démocratiques. Le Directoire s'en rapporte à ses lumières et à son patriotisme si connu; il le donne à espérer (sic). La révolution s'étend sur toute l'Italie.

Le roi de Prusse est malade; son Cabinet témoigne des i*egrets de ne s'être pas plus tôt prononcé pour la République française ; il propose de reconnaître la Hollande, si on veut assurer une juste indemnité au stathouder.

7 Prairial Un message expose au Conseil des Cinq-Cents la pénurie du Trésor public et les besoins urgents du service.

Barthélémy est nommé membre du Directoire en remplacement du membre sortant. Le Conseil des Anciens nous adresse le procèsverbal de l'élection. Un courrier sera expédié au nouveau Directeur; on lui rendra pendant son voyage les honneurs dus à sa nouvelle dignité. Cette nomination n'obtient pas l'assentiment unanime des membres du Directoire. Letourneur remette sceau; Carnot, président de tour, le reçoit. Letourneur fait ses derniers adieux et se retire.

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