CHAPITRE XXVIIl
Scherer commande la 8" division. — Mes protestations contre les égorgements du Midi. — Bonaparte chargé d'y remédier. — Jugement de la haute cour contre les babouvistes. — Le père du général Berthier. — Letourneur général de brigade. — Mauvais état du crédit en Angleterre. — Affiches diffamatoires. — Propositions antirépublicaines . — Etat de la Sardaigne. — Motions violentes aux Cinq-Cents. — Idée politique de Bonaparte au sujet de Hoche. — Julian et Boissy. — Carnot et Barbé-Marbois . — Lettre de Bonaparte sur ses négociations. — Imprudence des patriotes de Gènes. — Conversation de Truguet et de Thibaudeau. — Le frère de Carnot insulté par les chouans. — Vengeance personnelle de Carnot. — Boissy-d'Anglas, Vaublanc et Morainville. — Barthélémy accepte. — Assassinat d'un enfant de sept ans. — Le Cercle constitutionnel. - — Rapports de Kellermann sur l'état de quelques départements. — Projets sur l'Italie. — Alerte du ministre de la police. — Ouvertures de paix faites par l'Angleterre. — Le député Tarbé. — Un rappel à l'ordre. — L'émigré Mauban. — Rapports de Cochon. — Sa dureté envers Antonelle. — Attentat commis à Gènes contre des Français. — D'Antraigues arrêté. — Pitt quitte le ministère. — Barthélémy arrive. — Sa politesse. — Entretien avec Vaublanc, Bourdon et Chiappe sur les colonies. — Discussion aux Conseils sur le même sujet. — Négligence de Bénézech. — Projet de changement dans le ministère. — Allure diplomatique de Barthélémy. — Négociations avec l'Angleterre. — Mesures à l'égard des colonies. — Candidats pour les négociations avec l'Angleterre. — Bourgoing. — Le Hoc. — Pléville Le Pelley. — Nouvel entretien sur les colonies. — Démarches de Carnot contre moi. — Sa colère contre l'Espagne. — Encore Bourgoing. — Nouveaux désordres. — Les Enfants trouvés. — Atroce propos d'un fournisseur. — Formation de la commission des négociateurs avec
l' Angleterre . — Maret et Talleyrand. — Colclicn. — Vexations contre les conspirateurs royaux. — Projet d'une expédition en Irlande. — Discussion sur V indépendance de l'Italie. — Aveu de Clarke sur la conduite de Willot. — Instruction des plénipotentiaires. — Hédouville commissaire à Saint-Domingue. — Le Cercle constitutionnel dénoncé. — Opinion de Reivbell sur Talleyrand.
8 Prairial Scherer a été nommé au commandement de la 8^ division mili-
taire. Carnot se plaint des demandes excessives en troupes et en argent que ce général fait sans mesure pour se rendre à son poste. Il lui est ordonné de partir de suite.
La correspondance communiquée par Merlin nous apprend des assassinats à Tarbes et dans le département du Var. Les patriotes en fuite, les royalistes ralliés, voilà l'état des choses. Moynot d'Opson a pour secrétaire un émigré égorgeur. Carnot prétend encore que tout ce qu'on annonce n'est pas prouvé. Je ne puis plus contenir mon indignation. « Tu désavoues, dis-je à Carnot, les massacres commandés par tes agents sur les républicains. Tu déverses sur eux les maux qui affligent le Midi : que t'ont fait ces malheureuses contrées, pour protéger leurs persécuteurs? Mes réclamations jusqu'ici sont restées sans effet sur ton influence : le sang coule, et tu gardes un front serein! Je ne puis plus me taire. Je ferai connaître à la Finance les crimes qui tous les jours se commettent dans son sein; je signalerai leurs auteurs et leurs protecteurs : la société n'est plus en sûreté, elle est au pouvoir des brigands. J'ose déclarer pourtant que les ennemis de la liberté ne prévaudront pas. J'en trouve l'assurance dans l'impression que j'apei'çois sur la physionomie affligée de mes collègues : ils ne tarderont plus à prendre une détermination forte, je les en conjure. »
Carnot demeure sans réponse, la tête fixée sur son papier. Revellière propose de charger le vainqueur d'Italie de faire cesser les horreurs qui se commettent dans le Midi; de l'autoriser à y envoyer des troupes et des généraux à cet effet. Rewbell et moi, nous accueil- Ions cette proposition; elle est adoptée. Carnot se tait, et rédige l'arrêté. Cochon a aussi gardé le silence, quoique inculpé par moi sur son peu d'énergie.
9 Prairial La haute cour nalionalc de Vendôme vient de condamner à la peine de mort Gracchus Babeuf et Darthé; et à la déportation Buonarotti, Germain, Moray, Cazin, Blondeau, Bonnin, Menissier; . Vadier reste en détention. Les autres accusés, au nombre de cinquante-trois, sont acquittés. Babeuf et Darthé, en entendant la lecture de leur jugement, se sont frappés d'un stylet, mais sans s'ôter la vie. Real, défenseur officieux, a dit que la conspiration de
an V.