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CHAPITRE XXVIII

l'empereur sont commencées depuis le 7; qu'il espère les terminer sons peu. Le Directoire réitère l'ordre de s'opposer à l'élection d'un nouveau Pape si Pie VI vient à mourir. Il faut établir à Rome un gouvernement représentatif, si le peuple y est disposé ; dans le cas contraire, employer tous les moyens possibles pour exclure de la papauté des cardinaux ennemis de la République, tous les Autrichiens et les Napolitains. Si l'on ne pouvait, sans rompre la négociation, refuser Venise à l'empereur, il faudrait au moins conserver à la République toutes les îles vénitiennes. Carnot reproduit sa proposition de donner Ancône et Rome à l'infant duc de Parme : nous nous y opposons. On ajoute à Bonaparte qu'il serait utile de céder Mantoue et un petit port près des lagunes à la République Lombarde, et qu'on verrait sans peine l'électoral de Hanovre passer au stathouder, en dédommagement de la Hollande.

Le ministre de la police arrive tout essoufflé et épouvanté, nous donnant la nouvelle que les égorgeurs de Lyon arrivent en force à Paris. Le Directoire, en levant la séance, lui répond : « Faites-les arrêter ».

La Cour de Londres désire faire cesser les maux de la guerre, en jg prairiai traitant de la paix dans un congrès. Tel est, du moins, le sens d'une an v. dépêche de lord Granville, dont le ministre Lacroix nous fait lecture. Le ministre fera connaître au gouvernement anglais notre empressement pour accueillir les propositions qui ont pour but le rétablissement de la bonne harmonie entre les deux nations. Mais on est plus certain d'atteindre ce but en s'occupant de traiter surle-champ d'une paix séparée.

Hier 15, Tarbé (le député) a fait un rapport sur les colonies. Il a pensé que les membres de la Convention nationale étaient assez clairsemés dans l'assemblée actuelle pour qu'on pût les insulter impunément; il s'est permis des calomnies sur les Conventionnels; mais il a été rappelé à l'ordre.

Le ministre de la police propose la radiation d'un émigré nommé Mauban, sorti de France pour son éducation à l'âge de dix-neuf ans : « Où allait-il? demande Rewbell. — Je n'en sais rien, dit le ministre. Je ne connais que la loi : elle lui est favorable. » La radiation est mise aux voix et adoptée.

Le ministre de la police attribue les troubles de Mâcon aux anarchistes. Rewbell lit des rapports garantis par Robérjeot et Guillemardet, qui attribuent ces excès aux royalistes. Après longue et vive discussion, il est ordonné à Cochon d'empêcher les égorgeurs d'exercer leur ministère au moins à Paris. Je fais observer que cette recommandation au ministre de la police ne doit pas, pour son honneur, être consignée dans le procès-verbal de la séance. Le ministre fait un rapport particulier sur Antonelle, l'un des acquittés de

Vendôme, dont le caractère indépendant et la plume hardie, toujours taillée au profit des anarchistes, ne sont pas sans donner quelque inquiétude. Cochon parle d'Antonelle avec une malveillance et une dureté qui paraissent a\^ir pour but de déplaire à l'un des membres du Directoire. Je pense qu'un ministre qui parle d'un acquitté par un tribunal, lui doit et se doit à soi-même de ne pas manquer des premiei's égards auxquels a droit tout citoyen, dans l'état de civilisation où nous sommes ; et j'interromps Cochon pour lui rappeler que le ministre du Directoire n'est jamais dispensé d'être poli, ^^ïm v"^^ Trente Français viennent d'être assassinés à Gènes. Bonaparte nous mande que notre ministre Faypoult a montré une faiblesse impardonnable. Il a eu la lâcheté d'écrire à l'amiral Brueys de s'éloigner du port de Gènes. Bonaparte a demandé réparation formelle, le désarmement et la punition des coupables; il a déclaré en outre aux Génois qu'il les rend responsables de tout attentat contre les personnes et les propriétés. Il a requis le roi de Sardaigne d'envoyer à Gènes huit mille hommes de troupes, qui devaient se joindre à l'armée républicaine. Le roi de Sardaigne a donné des ordres en conséquence.

D'Antraigues a été arrêté à Venise lorsqu'il se sauvait. Son portefeuille est saisi. Bonaparte dit qu'il va l'envoyer à Chambéry, cependant il le garde à Milan et parle de le faire juger militairement. Ces mesures, qui présentent quelques contradictions, peuvent être dictées par la circonstance, mais elles laissent déjà entrevoir la pensée des combinaisons qu'il pouvait y prendre, si celles-ci ne sont pas déjà préparées de longue main. Nous verrons bientôt quel profit ^ savait tirer ce génie infernal de tout ce que la fortune faisait passer devant lui ; comme il savait tout approprier à ses desseins, et les soutenir de tous les moyens qu'il pouvait ajouter pour la ruine de ses ennemis.

La nouvelle se répand que Pitt a quitté le ministère le 13 au soir.

Carnot voit dans l'affaire de Gênes le moyen d'indemniser le roi de Sardaigne; il y met de la chaleur et de l'intérêt. Nous sommes surpris que Bonaparte, qui a toute l'armée française à sa disposition, se soit plutôt servi des troupes sardes pour l'expédition de Gênes.

Barthélémy est arrivé à Paris. Il s'est aussitôt présenté chez chaque membre du Directoire. Sa politesse est mielleuse et humble au dernier point, et portée au delà de ce qui est requis dans une république, qui cependant n'en est plus aux formes cyniques et à la squalleur de 1793. La première impression que nous recevons de la visite du collègue Barthélémy n'est pas celle d'un homme supérieur.

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