‹ Mémoires;Chapitre 225 sur 302 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Hollandais dans toute la vérité de notre position, et sans aucune retenue des hypothèses possibles.

Mes premières navigations aux Indes, les réflexions néces-aires sur tout ce que la mer et les pays qu'elle donne les moyens d'atteindre, présentent à l'industrie de l'Europe, m'avaient plus d'une fois occupé de Saint-Domingue avec une grande attention. Au moment où une expédition fut décidée pour cette colonie si importante, je crus qu'on ne pouvait y envoyer un homme plus sage qu'Hédouville. Nous fîmes prendre les renseignements les plus scrupuleux sur le personnel de tous les hommes qui devaient l'accompagner, dans le civil comme dans le militaire. Le général ^ et 5 Hédouville est nommé commissaire à Saint-Domingue avec tous an v. pouvoirs civils et militaires. Barthélémy aurait voulu y envoyer Montesquiou.

Barthélémy paraît fort disposé à faire mal juger notre agent Baker, dont les sentiments politiques ont pu contrarier un peu les siens quand il était en Suisse. Il voudrait le faire destituer. Nous décidons que Baker restera à Bâle chargé d'affaires.

J'ai déjà parlé de la saisie, faite à Venise, du portefeuille de d'Antraigues. L'envoi nous en fut fait par Bonaparte avec des recommandations toutes particulières contre ce qu'il appelait les traîtres qui s'y trouvaient signalés. La pièce principale de ce portefeuille était une conversation que le comte d'Antraigues aurait transcrite d'une conversation de quatre heures qu'il aurait eue avec le comte de Montgaillard. Il résulterait de cette conversation que, suivant le comte deMonlgaillard, agent de Louis XVIII et du prince de Condé, Pichegru, commandant en chef l'armée du Rhin, aurait été abordé par des agents subalternes de l'agent très subalterne lui-même le comte de Montgaillard; que le général de l'armée républicaine aurait répondu aux envoyés du prince de Condé, Fauche- Borel et Courant, qu'il avait toujours été dévoué à la cause des Bourbons, et qu'il était prêt à tout faire pour les rétablir sur le trône de leurs pères; que tout était convenu dans ce noble dessein; que Pichegru exigeait seulement que l'armée impériale entrât en France. M. de Condé n'aurait pas été de cet avis : il aurait voulu que la contre-révolution s'opérât

avec l'armée de Pichegru, la sienne et quelques corps de troupes légères dont il prendrait en chef le commandement. Pichegru et les généraux de l'empire n'auraient pas été de cet avis. Picliegru, en récompense de sa belle action supposée, ne devait pas être moins que maréchal de France, duc d'Arbois, avec des revenus considérables; le domaine de Chambord et d'autres immenses propriétés devaient lui être donnés ainsi que le cordon bleu, etc., etc.

Je ne donne ici qu'une esquisse bien courte de cette pièce importante qui dans la suite sera la base sur laquelle l'on étalera de grandes accusations, et qui se réunira à de grands événements; mais je ne puis omettre quelques détails sur lesauteurs auxquels remonte la pièce destinée à être si fameuse. Le comte d'Antraigues, le premier à qui elle est attribuée,, était un gentillâtre de l'Aveyron, qui, après s'être constitué lui-même une prétendue noblesse antique, avait, à la suite de plusieurs noms apocryphes, pris celui d'xintraigues, auquel il avait joint le titre de comte. L'aventurier aurait vécu retiré à Venise, oii il habitait pendant le séjour de Louis XVIII à Vérone. Il y remplissait à la fois les fonctions de ministre secret du roi d'Espagne, de Louis XVIII, d'agent secret du ministère anglais, et d'agent ostensible au service de Russie. Depuis le départ de Louis XVIII, d'Antraigues avait continué toutes ses intrigues à la fois, parce que toutes à la fois lui rapportaient de l'argent. On a cru qu'imaginant, non sans raison, qu'il y avait de l'argent à gagner encore et plus peutêtre au service du général en chef de l'armée d'Italie, il s'était laissé ou même fait arrêter lors de l'entrée des Français à Venise, le 16 mai. Ce qui donnerait à croire que son arrestation aurait pu n'être pas involontaire, c'est que, conduit à Milan, il y fut traité avec des égards marqués; qu'il eut plusieurs entrevues avec le général Berthier, et qu'il fut ensuite admis auprès du général en chef. Bonaparte avait de suite démêlé dans cet inventeur d'intrigues un instrument

Page 1