CHAPITRE XXIX
excellent pour exécuter l'une de ses combinaisons sataniques contre ses ennemis personnels, qu'il voulait perdre, en commençant par ruiner leur réputation. Ainsi ce fut sous la dictée de Bonaparte que d'Antraigues avait écrit ce mémoire, que Berthier fît copier et que Bonaparte signalera par suite comme pièce trouvée dans le portefeuille de d'Antraigues. Ainsi la conversation mensongère du comte de Montgaillard rapportée par d'Antraigues serait une double imposture, encore perfectionnée en passant sous la plume de d'Antraigues, conduite par la main de Bonaparte. Ce serait donc la pièce même émanée du cabinet du major général Berthier qui aurait été envoyée au Directoire ; et d'Antraigues, à ce prix, aurait obtenu du général en chef un passeport pour se rendre en Allemagne, et aurait reçu une gratification de mille ducats. Toutes ces circonstances si singulières nous étaient d'abord tout à fait inconnues; nous ne les avons apprises que successivement. Elles révéleront des combinaisons dont sans doute aux premiers moments (dùt-on nous accuser de niaiserie) il était bien permis de ne pas soupçonner la profondeur.
Lorsqu'une république, dont la seule opposition a suffi pour la mettre aux prises avec une coalition puissante, a pris le dessus par des victoires éclatantes, il ne reste plus à ses ennemis que des moyens occultes pour l'attaquer. C'est alors que la diplomatie vient offrir ses armes secrètes, c'est-à-dire ses poisons. La nature de ses moyens explique la morale de ceux qui sont capables de s'en servir. Ces moyens consistent à chercher d'abord dans le gouvernement dont la force est Irop certaine pour qu'on ose l'attaquer en face, quelque partie faible où l'on puisse pénétrer par la ruse. Il se trouve en même temps que les gouvernements renversés, qu'on appelle les princes malheureux, ne sont pas plus capables de faire leurs affaires dans l'adversité, qu'ils ne savent les faire dans leur prospérité; et plus que jamais ils sont forcés de s'en rapporter à des intermédiaires. Alors se présentent à eux des
intermédiaires officieux qui donnent leur intérêt pour du dévoûment, ne pouvant manquer d'être momentanément au moins écoutés par les détrônés. Ce sont au moins des aventuriers, dont le but n'est pas autre que celui d'arriver à la fortune; on y arrive effectivement dans le renversement des empires et l'incendie des trônes, car il y a toujours quelques débris à recueillir. Ainsi, quelle que fût l'infortune de la maison de Bourbon, il n'était pas étonnant qu'au sein de l'Europe, à laquelle cette antique maison tenait par ses alliances et par tant d'intérêts, elle fût encore aidée de quelques ressources par tous ses parents. Si, outre les secours donnés par la politique et tout ce qu'elle peut ofTrir à des intrigants actifs, il se trouve qu'autour de Louis XVIII, et au loin par ses attenances, il y avait encore un certain budget à exploiter pour les amateurs, ce budget devint plus intéressant lorsque l'Angleterre déclara qu'indépendamment des fonds publics de la guerre ostensible, elle en accordait de secrets pour la guerre souterraine qu'on appelle du nom décent de diplomatie, mais qui n'est que celle de machinations. Ainsi, lorsqu'il fut décidé par le gouvernement anglais qu'il mettait des sommes considérables à la disposition de ses agents extérieurs, tels que Wickham, Drake, Ador et autres, les agents étaient autorisés à s'en servir contre le gouvernement de la République, dans l'intérêt de celui des Bourbons. Alors durent apparaître les êtres de corruption, qui, par leur goût et leur position, voulaient prendre part à la curée. Ainsi se montrèrent sur diflerents points les d'Antraigues, les Fauche-Borel. Ces intrigants actifs durent être acceptés par les Bourbons et les Anglais; mais, danslanécessitéoiise trouvaient ceux qui les employaient de leur remettre et leur confiance et leur argent, ces hommes furent en position et en pouvoir d'abuser de tout, leurs rapports, comme leurs comptes rendus, étant par leur nature hors de toute vérification. C'est ainsi que les princes français et le gouvernement anglais durent être à la merci des jon-