‹ Mémoires;Chapitre 227 sur 302 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

gleurs qui exploitaient leur crédulité. Les jongleurs, pour suivre leur exploitation, n'avaient à faire autre chose que regarder et connaître les circonstances ouvertes par les vicissitudes de la Révolution à l'intérieur comme à l'extérieur, et se donner comme les mieux informés de tout aux yeux de leurs commettants, privés de toute autre communication. C'est ainsi qu'ils paraissaient faire quelque chose, et qu'ils ne faisaient réellement que voler et mentir. On verra par la suite le développement de ces êtres sataniques et toutes leurs inventions de tromperies, leurs créations inconcevables, triste et mauvaise pâture des malheureux princes. Mais ce qui est pire encore que la mystification des princes, c'est que les machinations de ces agents infernaux ont été les premiers moyens de ruine et de diffamation contre les hommes les plus irréprochables; et la conséquence plus funeste encore et plus déplorable, c'est le parti qu'a su tirer de ces fraudes hideuses l'ambition qui a eu le pouvoir de se les approprier! Toutes les réflexions que je viens de faire ne peuvent guère recevoir toute leur clarté que des événements qui vont se succéder. Ils ne m'ont pas été moins nécessaires qu'à d'autres pour faire justice de tant de déceptions, que les passions du jour et ma conscience même ont pu me faire accepter dans les premiers instants. Je suis le cours des événements qui auront leur dénoûment.

La correspondance annonce que dans plusieurs départements, les émigrés obtiennent faveur de l'administration contre les acquéreurs des domaines. Ces administrations doivent rendre compte des arrêtés qui ont pu être pris à cet égard, et donner connaissance des acquéreurs troublés dans leur possession ; on doit poursuivre enfin les fonctionnaires coupables, les émigrés et ceux qui les protègent. Carnot croit qu'il suffit d'une simple lettre écrite au ministre des finances. La lettre est adoptée.

Carnot paraît avoir des liaisons avec Henri La Rivière ; il lui envoie fréquemment sa voiture avec plus de courtoisie qu'il ne convient à la dignité directoriale, même vis-à-vis d'un député. Nous lui faisons quelque observation à ce sujet; il répond que ce sont autant

de détails de la vie privée qui ne regardent personne. Le principe est juste sans doute et doit être respecté, mais « dans l'espèce », comme disent les gens de loi, oii peut-on dire que finissait notre vie publique, où commençait notre vie privée? Carnot se trompait en voulant ranger dans cette dernière classe des rapports qui, n'ayant d'autre source que les positions d'hommes publics, devenaient d'autant plus délicats et répréhensibles sans pouvoir être réclamés par les droits de la vie privée.

Barthélémy s'était prononcé contre les mesures à adopter pour républicaniser l'Italie. Dumolard en fait au corps législatif l'objet d'une dénonciation. Les intelligences commencent à se révéler.

La société patriotique établie sous le nom de Cercle constUiitionnel effraie les royalistes. Ils demandent sa fermeture et, comme de raison, la permanence de Clichy. Talleyrand, qui n'est point encore placé, et qui veut l'être à tout prix, ne désempare point du Cercle constitutionnel : c'est son levier principal en ce moment; il ne le quittera point qu'il ne soit parvenu à ses fins.

La République continue d'être plus agitée : le parti contre-révolutionnaire se montre avec audace. Les assassinats se multiplient, le danger devient imminent : les amis de la liberté sentent la nécessité de se rallier. Le corps législatif est dominé par le royalisme; les déchirements s'annoncent : le Directoire regarde froidement....

Dans le premier moment de la réception du prétendu portefeuille de d'Antraigues, qui nous avait été expédié d'Italie par Bonaparte, le Directoire en avait regardé fort rapidement les fameuses pièces. On s'en était tenu à y trouver le sens que leur avait voulu donner celui qui nous les avait envoyées. Il résulte d'une nouvelle lecture de ces pièces que, suivant la conversation recueillie par d'Antraigues à la suite de la prétendue conférence avec le comte T Messidor de Montcfaillard , les sieurs Fauche-Borel et Courant, délé-

an V. °

gués par ce Montgaillard, se seraient, au mois d'août précédent, rendus au quartier général d'Altenkirchen ; qu'ils avaient pénétré auprès de Picliegru; que Fauche aurait ainsi parlé d'emblée au commandant en chef de l'armée républicaine : « Général, vous serez maréchal de France, vous aurez les deux cordons rouge et bleu, vous serez nommé gouver-

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