CHAPITRE XXIX
neur d'Alsace; le château de Cliambord et douze pièces de canon vous seront donnés, de plus un million argent comptant; deux cent mille livres de rente; un hôtel à Paris; le comté ou duché d'Arbois; l'exemption de toute imposition pendant vingt-cinq ans pour vous et la commune oiî vous êtes né; cent mille livres de rente réversibles à votre femme; cinquante mille livres à chacun de vos enfants, jusqu'à l'extinction de votre race. Yoilà ce que le roi de France vous offre, et ce que les alliés garantissent pour rétablir la monarchie française. » D'après le rapport de Fauche-Borel, seul témoin du prétondu discours qu'il aurait osé tenir pour la première fois à un général en chef d'une de nos armées confiée à son honneur et qui est sa gloire et sa fortune, Pichegru n'aurait nullement été effarouché de la harangue compromettante du sieur Fauche-Borel ; il ne l'aurait pas seulement écouté avec patience jusqu'à la fin, il aurait motne répondu au harangueur Fauche-Borel : « Je passerai le Rhin, j'arborerai le drapeau blanc; l'armée impériale et le corps de Condé se réuniront à moi : je ferai garder les places fortes par les troupes de mon armée; j'en éloignerai avant les hommes suspects; nous marcherons sur Paris : mais il faut aux soldats, en criant « Vive le Roi! », du vin dans leur gosier, et des écus dans leurs poches ».
Fauche-Borel, ainsi que je l'ai déjà fait observer, et on ne peut trop insister à cet égard, est le seul narrateur connu, le seul témoin du dialogue qu'on vient de lire. Dans le système de sa narration, il aurait rapporté au prince de Condé ce qu'il a appelé le plan de Pichegru, c'est-à-dire la prétendue réponse qu'il lui prête. Or quelle est la preuve quelconque de la vérité de ce dialogue? Tout ne prouve-t-il pas au contraire que celui qui s'en donne comme le narrateur, en fournit toutes preuves nécessaires pour démontrer qu'il est l'auteur de tout ce tripotage, échafaudé avec bien peu d'esprit; car l'auteur de la pièce, distribuant ses rôles à
volonté et faisant parler ses acteurs comme il lui plaît, aurait pu leur donner moins de g'rossièreté et plus de finesse, ou au moins plus de vraisemblance, même en admettant les versions données.
Suivant cette version de Fauclie-Borel qu'il continue à présenter comme un historique de sa mission (dont, je le répète, il n'a jamais fourni aucune preuve de la participation des acteurs qu'il a mis en scène), il aurait rapporté au prince de Condé ce qu'il appelle le plan de Pichegru : mais quel était le moment choisi par Fauche-Borel pour sa première prétendue opération? C'était le temps où le Comité de Salut public, ainsi que quatre représentants du peuple qui étaient près de son armée, pressaient Picheg-ru de passer le Rhin. Merlin deTliionville était l'un de ces représentants du peuple, et on ne peut guère soupçonner celui-là d'avoir été de connivence avec Pichegru dans un dessein de trahison au profit de la royauté : il est au contraire fort certain qu'il lui eût brûlé la cervelle, s'il avait eu le moindre soupçon de la possibilité d'une pareille idée. On voit que le moment était bien choisi par messieurs les délégués de M. de Montgaillard pour faire leurs séduisantes propositions à un général de l'armée française. D'ailleurs, sans avoir aucune prédilection pour celui qui est accusé ici, on ne voit contre Pichegru que des assertions de la part d'agents subalternes dont rien ne prouve qu'ils lui aient seulement parlé, et aucune pièce n'est produite qui soit écrite de sa main ni revêtue de sa signature. Suivant toujours la version de Fauche-Borel, émissaire de Montgaillard, le prince de Condé aurait refusé de communiquer son plan au général Wurmser. Il paraîtrait, comme Fauche-Borel l'a dénoncé, avoir eu des craintes nées de la rivalité, et voulu que Pichegru, au lieu de passer le Rhin, proclamât sur-le-champ la royauté; ensuite le prince de Condé l'aurait joint et l'on aurait ensemble manœuvré sur Paris. Croirait-on que, suivant toujours la version deFaucli07