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CHAPITRE XXIX

Barthélémy, Pichegru et Willot. Les conspirateurs ont, disent-ils, des agents dans la garde du Directoire. Un nommé Martin, qui a hautement annoncé que trois Directeurs seront incessamment mis à mort, vient d'être nommé major des compagnies des vétérans destinés pour le Luxembourg.

Le député Villaret-Joyeuse ne m'ayant pas trouvé chez moi m'a écrit avec instance pour être reçu à mon retour de la campagne. Au moment où j'arrive, il m'attendait et, m'abordant d'un air très satisfait, il me dit s'être trouvé hier chez Carnot, avec Dumas et autres députés : qu'il y avait été question du renvoi des ministres des finances, de la marine, des relations extérieures et de la justice. On était unanimement convenu que cette mesure devenait indispensable pour rattacher les bons citoyens au Directoire. « On compte sur vous, me dit-il; la conduite que vous avez tenue, donne le plus grand désir à tous les députés de vous voir et de vous connaître particulièrement. Dumas et ceux que vous croyez n'être pas vos amis, le sont réellement. » Je réponds à Villaret que tous les représentants du peuple, quelle que soit leur opinion, ont toujours été également reçus chez moi. A l'égard du renvoi des ministres, il en est, parmi ceux actuels, que le Directoire aurait peine à remplacer sous le rapport des lumières et du patriotisme bien prononcé ; qu'au reste, si cette proposition avait lieu, je suivrais l'impulsion de ma conscience.

Siméon, dont le rôle était connu, vient après Villaret, et soutient les observations de son collègue, en alléguant que le Directoire, par cette mesure, obtiendrait l'assentiment et la confiance générale; surtout si le ministre des finances est remplacé par Dévalues, celui des relations extérieures par Hoé, celui de la marine par Redon ; je n'ai pas retenu le nom de celui qui était désigné pour la justice par ces messieurs. Ma réponse à Siméon fut la même que j'avais faite à Villaret. J'ajoute ensuite quelques reproches un peu vifs sur les sorties indécentes faites au corps législatif contre le gouvernement; sur le projet suivi de le laisser sans moyens de finances, c'est-à-dire de mettre à sec le vaisseau de l'État. Je donne connaissance à mes collègues de la conversation des députés : elle a provoqué une discussion orageuse, oîi n'ont pas été laissés de côté Carnot et Barthélémy. On leur a imputé d'être Içs premiers auteurs et souflleurs de la proposition qui vient de m'être faite pour opérer un bouleversement ministériel, qui ne serait rien moins qu'une véritable révolution.

Quoique je fusse très réellement, ainsi qu'î je me l'étais montré au 13 Vendémiaire, le général de cette journée décisive, dont le résultat devait être la victoire assurée à la Révolution; quoique, depuis l'installation du Directoire, je me trouvasse dans la néces-

site de paraître toujours combattre pour ce qu'on appelait l'anarchie, je crois cependant avoir été plus pénétré que personne de l'urgence d'une forte organisation, seule capable de rétablir l'ordre en France. Les membres du nouveau Tiers, qui ne voulaient pas précisément le renversement, étaient les premiers à me rendre cette justice. C'était ce qu'ils m'exprimaient dans les conférences qu'ils me demandaient, et desquelles ils paraissaient toujours sortir contents de mes principes et de ma conduite. C'est ce qu'ils m'exprimaient dans leur correspondance particulière, notamment dans celle que je retrouve de Siméon, où, tout en me parlant quelquefois, d'affaires particulières, il ne négligeait pas de me faire sa profession de foi. Elle deviendra plus expresse encore quand M. Siméon sera malheureux. C'est une justice qu'il m'a rendue, qu'il me rend probablement moins aujourd'hui, mais que moi j'ai le droit de me rendre à moi-même.

Dans l'état de défiance oîi nous mettent Carnot et Barthélémy, il est convenu que La Revellière et moi, nous nous réunirons ce soir chez Rewbell. Mes deux collègues ne se dissimulent plus les dangers que court la République. « On veut, disent-ils, nous donner pour ministres des hommes vendus à l'étranger; on veut nous envelopper, pour perdre la République dont nous sommes les premiers gardiens. Eh bien, jurons ici tous les trois de la sauver. Dans des dangers aussi imminents, tous les moyens sont bons; et si la Constitution ne nous offrait aucun moyen de garantir la République contre tant d'attaques préméditées, encore faudrait-il bien que la majorité de son gouvernement, d'accord avec les députés restés fidèles et réunis à la masse des bons citoyens, adoptassent telles mesures que commanderaient les circonstances graves qui nous poussent.... 12 Messidor Les plénipotentiaires de l'empereur d'Allemagne ont déclaré que Sa Majesté désirait que sa paix particulière fût traitée en congrès, lequel ne pourrait se réunir que dans six semaines, parce qu'on y appellerait les alliés respectifs; qu'ensuite il serait établi un second congrès qui s'occuperait des affaires de l'Europe. L'empereur François a d'ailleurs rejeté la dernière convention passée entre les plénipotentiaires du Directoire et les siens, tendant à traiter définitivement et séparément de la paix particulière avec la République, convention provoquée par ses propres négociateurs, dans laquelle on avait posé quelques bases relatives à l'Italie et au Rhin. Peutêtre aussi les motions intempestives faites au corps législatif, et les dissensions de l'intérieur, éloignent-elles cette paix si désirée. Bonaparte nous transmet la réponse que, d'accord avec Clarke, il a faite à ces diverses prétentions impériales. Les plénipotentiaires français réclament l'exécution de la première convention, et se plaignent du changement qui paraît s'être opéré dans le système

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