CHAPITRE XXIX
membres qui soutiennent le gouvernement, lorsqu'il est injustement attaqué; ce serait affaiblir chaque jour leur influence, parce qu'il est vraiment parmi les ministres des noms qu'il suffit de prononcer pour déconcerter tous les apologistes du monde. Ils connaissent bien mal la nature d'une Constitution représentative, ceux qui conseilleraient au Directoire de garder auprès de lui des hommes aussi discrédités, et de se jouer ainsi de la majorité lég-islative. Que d'obstacles n'a-t-il pas déjà rencontrés, depuis un mois, sur la route! Il ne peut se dissimuler qu'il les doit en grande partie à l'impuissance et à la défaveur de plusieurs de ses ministres. Qu'il les remplace, non par des valets de faction, mais par des hommes d'un talent, d'un mérite reconnus, d'un incontestable attachement à la Révolution, et capables de gouverner fortement sous le Directoire! Et la plupart des résistances et des difficultés tomberont à l'instant; et la République sera mieux affermie que jamais! Et l'influence des sincères et vrais défenseurs de la Constitution centuplera aussitôt. Le bruit court dans le public que ces raisons ou d'autres semblables ont déjà été développées par Barthélémy à ses nouveaux collègues; qu'elles ont déjà produit quelque impression surtout sur Barras, qui paraît disposé à seconder loyalement Barthélémy et à justifier les espérances qu'on place depuis quelque temps en lui. Il ne faut donc peut-être plus qu'une voix pour nous assurer une année aussi tranquille qu'elle pourrait être orageuse, si une funeste division existait entre les deux pouvoirs? Serait-ce Carnot qui refuserait cette voix, et qui s'exposerait ainsi à perdre le fruit de ses importants services, et à démentir la gloire de la conduite si sage qu'il a tenue depuis qu'il est au Directoire, et qui lui a mérité tant de reconnaissance et de considération. » Effectivement, queh|ues jours après cette insertion qui avait le double but de m'eniacer dans les réseaux des artificieux machinateurs, et celui de me ravir la confiance du parti
républicain, les députés Dumas et Villaret reviennent chez moi; ils me disent affectueusement que l'opinion me désigne comme celui qui doit former au Directoire une majorité propre à concilier les partis. Carnot et Barthélémy ne désirent rien tant que de se réunir à moi; la principale mesure qui doit amener cet heureux résultat, c'est l'expulsion de quelques ministres. Les uns sont incapables, les autres affichent des principes que les honnêtes gens redoutent. Lé corps législatif met tout son espoir en moi; il est revenu avec franchise des préventions qu'on lui avait données. Tous les députés rendent hommage à ma loyauté. « Trêve de compliments, dis-je à ces messieurs : venons au fait. — Eh bien, répond Dumas, renvoyez Truguet, Merlin, Ramel et Charles Lacroix; remplacez-les par des hommes qui aient l'assentiment de la majorité du corps législatif. Le Hoë*, Colchen, Davaines, Desmuniers, Maret; mais ne différez pas : chaque minute de retard est funeste. Carnot et Barthélémy sont d'accord avec eux. Rewbell est un homme faux. Revellière est mû par des méchants : vous seul pouvez faire cesser l'incertitude. Ralliez tous les honnêtes gens au gouvernement. » J'étais impatienté de voir terminer ces propositions insidieuses et les insultes contre deux de mes honorables collègues. Je réponds aux ambassadeurs du corps législatif : « Je suis très flatté de vos prévenances un peu tardives : mais votre loyauté m'a l'air de sentir beaucoup la royauté. Je désire l'union au Directoire comme dans les Conseils, mais je ne puis croire ce désir aussi sincère qu'en moi chez des hommes qui depuis si longtemps protègent les égorgeurs réactionnaires et se sont opposés constamment à toute mesure de répression. » Il y a six mois que je pus ne pas approuver quelques opérations de Truguet : il fut soutenu par ceux qui aujourd'hui veulent le renvoyer. La Revellière
i. Le nom de ce personnage est aussi orthographié clans le manuscrit : Le Hoc, Hoé. (G. D.)