CHAPITRE XXX
lUat de la question. — Talleyrand. — Sa diplomatie. — L'abbé Desrenaudes. — L'abbé Louis. — L'aide de camp de Talleyrand. — , Lettre curieuse. — Manège de Talleyrand auprès de moi. — Un intermédiaire féminin. — Talleyrand solliciteur. — Son portrait et sa ressemblance. — Entrevue et colloque. — Talleyrand peint par Mme de Staël. — Ses obsessions. — Résultat de ses démarches. — Elle revient. — Accouchement de Lacroix. — Ma réponse. — Réplique inattendue. — Nouvelles intrigues de Talleyrand auprès des femmes. — // se replie encore. — Les Jacobins et les Constitutionnels. — Encore Mme de Staël. — Le ministère ou la mort. — Scène tragi-comique.
On a pu démêler facilement, au milieu de toutes les intrigues qui se réunissent contre le gouvernement, que la principale est celle qui a pour but de changer les ministres qui ont notre confiance, pour y substituer ceux qui ont celle du corps législatif, c'est-à-dire ses meneurs en chef. C'est là ce qu'ils veulent obtenir, et pourquoi ils emploient des formes si caressantes. Ce serait réellement pour eux la victoire la plus décisive, que de s'introduire de cette manière au Luxembourg. Après avoir fait les ministres du Directoire, il leur serait facile d'être bientôt le Directoire lui-même, et de s'emparer du palladium de la République. Les royalistes sont réunis, et groupés dans le cheval de Troie : il faut que les modernes Sinon trouvent le moyen de le faire entrer dans la
ville. Rewbell, Révellière et moi, nous avons dépisté la combinaison : nous savons de quoi il s'agit, et nous nous promettons bien de défendre la place de toutes nos forces.
Cependant l'on peut quelquefois tirer parti de l'idée même de ses ennemis, et la faire tourner à son avantage. S'il y a réellement quelques reproches à adresser à quelquesuns de nos ministres; si pour certaines parties il était possible de trouver quelque chose de mieux, de laisser reposer ceux qui peuvent être fatigués, ou même de les appliquer à quelque emploi où ils fussent encore plus utiles ; eh bien,, nous délibérerons à loisir entre nous sur cette question importante. Nous ne céderons point aux influences trop intéressées de quelques députés se disant le corps législatif; mais nous ne refuserons pas de donner au corps législatif lui-même quelque satisfaction qui lui prouve notre désir de sincère intelligence, et le besoin que nous avons que les grands pouvoirs de l'Etat communiquent entre eux par des organes qui réunissent la confiance réciproque.
Au moment oii celte possibilité d'un changement de ministère a pénétré dans le public, toutes les ambitions prétendantes ont été éveillées. Celle de M. de Talleyrand était aux aguets de toutes les circonstances, depuis son retour d'Amérique. Il savait que l'occasion a le front chauve et qu'il faut la saisir à l'instant. Il s'était glissé à l'Académie pour avoir un prétexte de se montrer et de parler; il avait fondé le Cercle constitutionnel pour y parler, faire parler et agir. Il avait là à sa dévotion plusieurs vrais patriotes dont l'honnêteté prompte à la crédulité se plaisait à voir dans l'ancien évêque d'Autun tout ce qu'il voulait se faire croire, c'est-à-dire un grand ami de la Révolution.
Caressant dans ce cercle chacun selon sa position et ses affections, il disait aux Constitutionnels qu'il était toujours le premier des leurs, l'évêque d'Autun, l'ami de Mirabeau; aux Girondins, qu'il avait été Girondin; aux Dantonistes, qu'il