‹ Mémoires;Chapitre 248 sur 302 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

et de la guerre comme étant à eux, ainsi que le g-énéral Moreau. Ils attendent un homme important : ils demandent que Menou soit mis en activité. Le ci-devant évêque d'Alès {sic, Alais?), le plus dangereux de ce parti, est à Paris. Il a pour lui le clergé et des pouvoirs très étendus de Blankenbourg et de Londres. Les Clichiens, d'après ce que nous dit Carency, ont le projet de s'aider de quelques-uns des anciens constituants, qui ne sont pas sans popularité, et qui sont de bons tacticiens en fait de mouvements révolutionnaires. Carency nous informe encore qu'un agent anglais est dépêché auprès de Wickham en Suisse. Il passera par Paris ; de là il ira à Blankenbourg. L'Angleterre solde tout et dirige tout. La Vauguyon, père de Carency, a été renvoyé par Louis XVIII, parce qu'il résistait à l'Angleterre. Le retour de l'agent parti pour l'Angleterre est attendu avec impatience; il est porteur des fonds : on va s'occuper d'arrêter un plan d'attaque, qui, dans l'instant, n'est point encore résolu. Rovère, quoique méprisé, a été enrôlé par le parti de Blankenbourg. On va traiter avec Pichegru, qui ne dit ni oui ni non. M. de Saint- Priest, resté attaché à Louis XVIII, serait l'homme le plus dangereux de la Cour, s'il avait plus de capacité. Tous les autres intrigants du parti sont autant de nullités plus complètes les unes que les autres. Comme il est difficile de s'en rapporter absolument aux déclarations d'un transfuge, lors même qu'il motive son dévoûment sur la reconnaissance des services qu'il a reçus, je ne me livrerais pas à toutes les paroles de Carency, si l'ensemble des événements n'autorisait à reconnaître ici un grand fonds de vérité. Je fais part de ces importantes communications à mes deux collègues Rewbell et La Revellière. Je leur présente l'auteur, qu'ils accueillent avec bienveillance.

Rewbell demande un message pour éclairer le corps législatif sur oiMossiaor la proposition faite de rapporter la loi relative à l'organisation de ^'^ ^ •

la gendarmerie. Il offre une rédaction qu'il a préparée. Carnot trouve quelques ternies trop forts pour laisser espérer le rétablissement de l'union entre les deux pouvoirs. Le seul moyen d'obtenir cette union désirable serait, selon Carnot, d'agir dans le sens de la majorité des deux Conseils, quelle que soit leur opinion, d'obéir et de faire exécuter leurs lois, de renvoyer sur-le-champ quatre ministres contre lesquels s'élèvent la représentation nationale et le jcuple. Il y a longtemps que Carnot n'a employé en bonne part ce mot de peuple, qui, depuis qu'il est au gouvernement, ne présente à sa pensée qu'une acception fâcheuse, qu'il veut toujours confondre avec des idées ignobles et anarchiques : mais tous les mots sont bons pour les passions, et le dictionnaire n'en a plus qu'elles n'acceptent, quand ces mots vont à leur dessein. Carnot fait donc la proposition expresse du renvoi des quati'e ministres, lequel renvoi, dit-il, sera agréable au peuple. Voilà que les quatre ministres arrivent tous au moment où la discussion allait commencer sur leur chapitre. Elle est interrompue, et ajournée au lendemain. i.'8 Messidor La discussion est rappelée sur le message présenté hier par Rewbell : il est adopté, malgré les observations de Carnot. Celui-ci renouvelle la demande du renvoi des quati-e ministres Truguet, Lacroix, Merlin et Ramel; il s'appuie toujours sur ce que la majorité des députés désire ce renvoi. Rewbell demande que le secrétaire général inscrive son opinion, celle des autres membres, et toutes les propositions qui ont lieu dans cette discussion. Il combat les motifs donnés par Carnot; il soutient que Carnot s'est étrangement trompé en faisant hier intervenir le peuple et en le nommant dans un débat où il serait loin de se prononcer comme on veut le faire croire, s'il était consulté : la grande majorité, l'universalité des républicains, qui représentent beaucoup plus sûrement le peuple que MM. de Clichy, demandent tout le contraire de ce qu'on vient demander ici : ils voudraient précisément le maintien des ministres qu'on veut renvoyer, et l'expulsion de ceux qu'on voudrait conserver. Cependant Rewbell ne s'oppose pas à ce qu'on discute la conservation ou le renvoi et le remplacement de tous les ministres. Il en fait même, en concluant, la proposition.

La demande du renvoi des quatre ministres sollicité par Carnot avait été omise au procès-verbal : arrêté que le secrétaire rectifiera cette omission. La Revellière écrit son opinion : elle est dans le sens de Rewbell; il combat vigoureusement celle de -Carnot. Pour en finir, je demande qu'on aille aux voix séance tenante, sur chaque ministre séparément. On commence par celui des finances, Ramel; ensuite celui de la justice, Merlin : ils sont conservés par le vote de Rewbell, La Revellière et le mien; Rarthélemy et Carnot votent contre. On met aux voix le ministre de l'intérieur : il est révoqué par

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