CHAPITRE XXXII
Scherer est nommé ministre de la guerre au défaut de Hoche. Carnot et moi, nous votons contre Scherer.
Desmousseaux, commissaire du bureau central, est révoqué malgré la protection que lui accorde Carnot.
Hoche tient toujours à réaliser l'expédition d'Irlande; elle n'est "Thermidor pas moms goutee et comprise par le nouveau mmistre de la manne. On propose en conséquence d'ordonner aux troupes qui se rendaient à Brest de continuer leur route. Carnot s'y oppose : il avait précédemment soutenu avec force cette expédition : aujourd'hui il paraît avoir de plus vives craintes que celle des Anglais. Il craint que les anarchistes de Sambre-et-Meuse n'entrent dans Paris. Les ministres présenteront un rapport.
Le général Hoche est autorisé par le ministre de la marine à détacher neuf mille hommes de toute arme de son armée de Sambre-et-Meuse. Le Directoire a reconnu que cette armée ne pouvait être compromise par la séparation de cette force. Elle avait en conséquence l'ordre de se diriger sur le département de l'ouest; elle calmerait les inquiétudes des bons citoyens de ces départements; elle serait ensuite comprise dans l'expédition d'Irlande. L'escadre hollandaise, d'accord avec nous, se porterait sur cette île. Fidèles à nos conventions, aux plans arrêtés, nous ne pouvions compromettre la flotte de nos alliés. Tous les ordres donnés par le général Hoche étaient concordants avec ses instructions et promettaient un succès éclatant, si la marine le secondait. Les neuf mille hommes avaient une destination pour une opération quidevait rester secrète. Le général avait dû s'entourer de troupes qu'une confiance réciproque avait si souvent fait triompher. Ainsi la proposition de faire rétrograder ses troupes sur le Rhin n'était ni raisonnable ni patriotique puisque c'est contre l'ennemi le plus acharné de la patrie que doivent être dirigés tous nos efforts. Cette opinion prévalut.
Rewbell, La Revellière et moi, nous écrivons à Bonaparte pour l'éclairer sur tout ce qui se passe. Hoche est dans les meilleures intentions, et déterminé à seconder le gouvernement.
Carnot, dans une conversation, disait à Bacon : « Si j'étais le maître, je tuerais tous les partis et même d'Orléans. — Et si vous étiez obligé d'en adopter un? lui répliqua Bacon, car, quelque impartial qu'on veuille être, il y a toujours deux partis très distincts : le reste disparaît dans les nuances; on se trompe si l'on croit la neutralité possible; d'ailleurs la neutralité n'est qu'un mot; celui qui y prétend se trompe, il périt avec la mésestime de tous. »
Quatremère de Quincy et Lenormand, députés, ont dit avec candeur au général Hoche qu'ils avaient perdu trop de temps en faisant de petites attaques au Directoire. Beaucoup de leurs amis qui pouvaient utilement se montrer avaient été forcés de quitter Paris,
et manquaient aujourd'hui « à la bonne cause >. Il aurait fallu agir de suite au lieu de tâtonner.
Bonaparte nous écrit que la conclusion de la paix s'éloigne, si même elle n'est bientôt rompue. « Ce malheur, répète-t-il, sera dû aux agitations du corps législatif, à la protection donnée aux émigrés et aux fanatiques. »
La réponse de la Cour de Londres à l'ultimatum du Directoire est arrivée à Lille. Le roi d'Angleterre consent à rendre à la République française tout ce qu'il a pris pendant la présente guerre; mais il refuse de restituer aux alliés plusieurs des possessions dont il s'est emparé, et qui sont à sa convenance. Le Directoire n'entend point se laisser séparer de ses alliés. !<,9etio Le député d'Auchy, accompagné d'un de ses collègues dont le a,i V. ministre des finances ne sait pas le nom, s'est rendu chez lui pour le prévenir que la commission des finances doit présenter au corps législatif une série de griefs financiers qu'on impute au Directoire. Elle ne conclura en rien ; mais celle des inspecteurs de la salle et celle qui est chargée d'examiner la marche des troupes, feront leur rapport, en même temps qu'elles accuseront le Directoire, et signeront leur dénonciation contre les trois membres formant la majorité. D'Auchy et ses collègues ont de plus déclaré que beaucoup de députés du nouveau Tiers avaient reçu des mandats impératifs pour le rétablissement de la royauté. Hoche est parti après avoir dîné chez moi. Il fera une proclamation aussitôt son arrivée. Je lui écris de retarder, et d'envoyer au Directoire seulement la réclamation de l'armée de Sambre-et-Meuse.
Le ministre de la police prévient que de toutes parts on médite des assassinats. Trois membres du Directoire sont désignés; il les prie d'être sur leurs gardes. Les sicaires doivent commencer par Barras. Rewbell et La Revellière jurent de ne jamais séparer leur cause de la sienne.
Le Conseil des Cinq-Cents prend diverses résolutions sur la violation de la ligne constitutionnelle militaire par les troupes. La limite constitutionnelle pour le passage des troupes est fixée à la distance de dix myriamètres du lieu où réside le corps législatif. Cette distance est celle mesurée à vol d'oiseau. On s'agite aussi vivement sur la circonscription du commandement des officiers dans leurs divisions territoriales, sur le rapport de la loi d'organisation de la gendarmerie. Il paraît que tous ceux qui font ces grandes prouesses législatives, ont encore plus de peur que ceux à qui ils voudraient en inspirer. Lorsque deux pouvoirs politiques aussi décisifs en sont arrivés à ce point de défiance réciproque, quel espoir reste à la patrie?
Un agent de l'Angleterre et de Blankenbourg , se nommant