CHAPITRE XXXII
Bayard, habitant de Lyon, et le même qui figura dans la conspiration Brottier et Lavilleheurnois, doit arriver incessamment à Paris avec de nouveaux projets et des moyens réels de conspiration. Nous devons cette information précieuse au prince de Carency qui nous a déjà si heureusement servis par la divulgation des secrets les plus importants sur ce qui s'est passé de l'autre côté de la Manche. Le prince de Carency continue à nous servir avec le plus absolu dévoûment. Il s'engage à mettre incessamment sous la main du ministre de la police l'agent anglais dont il nous a fait connaître la prochaine arrivée.
Nous recevons à notre audience l'ambassadeur de la [Porte Ottomane, Ali Elfendi.
Barbé-Marbois, Pastoret, Lemérer, Siméon, Mersant, Job aîné . forment un comité royal; Portails, Rovère et autres passent pour avoir procuration de l'Angleterre.
Bonaparte propose de déclarer à l'Autriche que si la paix n'est iietiaxiierpas terminée au l^^"" septembre prochain, les hostilités recommenceront : grande divergence au Directoire. La discussion est renvoyée au 13.
Les négociations cesseront avec l'Angleterre si elle persiste à ne pas rendre aux alliés et à la République ce qu'elle leur a pris; au préalable, l'état de la négociation sera communiqué à l'Espagne et à la Hollande.
Les neuf mille hommes tirés de l'armée de Sambre-et-Meuse sui vront leur destination pour les départements de l'Ouest, ensuite pour l'Irlande. Carnot persiste à vouloir les renvoyer à l'armée de Sambre-et-Meuse, continuant à oublier tout l'intérêt qu'il portait aux deux expéditions projetées contre l'Irlande. Il veut, ainsi que Barthélémy, motiver son opinion. Nous demandons que la nôtre le soit aussi, et qu'on l'insère au procès-verbal. Carnot réclame alors l'exécution de l'arrêté qui donne le commandement des deux armées du Rhin au général Moreau; mais si l'expédition d'Irlande n'a pas lieu, pourquoi Hoche n'irait-il pas reprendre son commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse? Une minorité perverse veut perdre ce général, depuis qu'il a donné son assentiment aux pétitions de l'armée. Rewbell et La Revellière parlent avec véhémence; ils partageront le sort qu'on réserve à deux généraux qui servent la patrie avec autant de distinction que Hoche et Bonaparte. Carnot est interdit. Il est arrêté que Hoche conservera le commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse jusqu'à l'embarquement pour l'expédition d'Irlande
Le député Mathieu Dumas, qu'on a vu si doux et si caressant, et qui se faisait ambassadeur pour le rapprochement des partis qu'il répondait d'amener aux pieds du Directoire, se croit maintenant
dispensé de ces ménagements : il s'élève et déclame contre le Directoire d'une manière indécente, surtout de la part d'un homme qui a l'habitude et l'étude des convenances.
Les inspecteurs de la salle s'érigent en tribunal : ils entendent des témoins, font arrêter des citoyens. Blanchard, commandant en second la garde du corps législatif, a été mandé par eux et interrogé.
Voyons maintenant comme, à l'appui des conspirateurs qui nous accusent de conspirer, viennent s'exprimer les écrivains du parti ; ce sont toujours MM. de la Harpe, de Vauxcelles et Fontanes.
« Marches et contremarches des troupes; conciliabules chez le Directeur Barras.
« Des lettres arrivent de toutes parts, soit aux représentants du peuple, soit à d'autres citoyens, relativement à la marche des troupes. La commission spéciale nommée au Conseil des Cinq- Cents et celle des inspecteurs en sont amplement fournies. Dans toutes ces lettres on annonce l'arrivée des troupes sur Paris, à l'effet d'investir cette capitale et de tomber sur le corps législatif. Les officiers et les soldats ont beaucoup causé en route; toutes leurs conversations ont été fidèlement rendues dans ces lettres. Il en résulte qu'on avait fait choix de tout ce qu'il y avait de plus exalté dans l'armée de Sambre-et-Meuse ; qu'on leur avait promis de bonnes récompenses dans Paris; qu'ils comptaient sur une marche de quarante mille hommes de troupes de Bonaparte; que l'on devait leur remettre des munitions à la porte de Paris; qu'enfin toute l'expédition était dirigée contre le corps législatif, que l'on avait eu soin de leur peindre sous les plus affreuses couleurs. Des lettres écrites par les officiers mêmes confirment tous ces détails.
« Des administrateurs du département de ont envoyé deux
feuilles de route qui sont assez singulières : elles sont datées du 14 messidor. Il est dit par la première de ces feuilles que quatre régiments partant de l'armée de Sambre-et-Meuse doivent arriver à Rosoy, savoir : le premier régiment le 10 thermidor, le second le 11, le troisième le 12 et le quatrième le 13.
Dans la seconde feuille il est dit que les quatre régiments doivent arriver à Château-Thierry, savoir : lel'^'' régiment, le 6 messidor; le second, le 7 ; le troisième, le 8, et le quatrième le 9.
« Or Rosoy est sur la route que prenaient ces régiments pour venir à Château-Thierry, dont il est éloigné de trente lieues : comment se fait-il que ces quatre régiments, qui ne doivent arriver que les 10, 11, 12 et 13 à Rosoy, soient rendus à Château-Thierry, c'està-dire trente lieues plus loin, les 6, 7, 8 et 9 du même mois de messidor? On ne conçoit rien à cette marche; et pour l'expliquer, on a supposé que d'avance on avait muni ces troupes d'une feuille de