‹ Mémoires;Chapitre 261 sur 302 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

mesures pour agir s'il est nécessaire; mêimes ordres seront expédiés aux armées du Rhin.

L'aide de camp d'Augereau arrive, portant la nouvelle •jue Bologne, Ferrare et la Romagne viennent, d'après leurs vœux, d'être réunis à la République cisalpine; il nous remet de nouvelles adresses. Il débite avec l'enthousiasme d'un véritable énergumène l'adresse suivante :

« Citoyens Directeurs, de tous les animaux produits par le caprice de la nature, le plus vil est un roi, le plus lâche un courtisan, et le pire de tous un prêtre.

« Si vous craignez les royalistes, appelez l'armée d'Italie : elle aura bientôt balayé les chouans, les royalistes et les Anglais. Nous poursuivrons ces assassins jusque dans la garde-robe de George III, et nous ferons subir au club de Clichy le même sort qu'à celui de Raincy.

Signé : « La Si" brigade d'infanterie, stationnée à Mantoue. »

Carnot et Barthélémy, après la lecture de cette adresse, nThermidor paraissent tout bouleversés et suffoqués. Ils s'écrient qu'on n'a jamais vu un tel cynisme de langage, un tel dévergondage de patriotisme. Le général Bonaparte ne se manque pas moins à lui-même qu'au Directoire en lui transmettant de pareilles horreurs. Us proposent de blâmer hautement les adresses envoyées par toutes ces armées : il serait dangereux de laisser continuer de pareilles délibérations. Ils demandent qu'il soit écrit à Bonaparte que le Directoire improuve formellement. Rewbell répond avec ironie à Carnot qu'il n'y a qu'à mettre l'armée d'Italie en état d'accusation. On ne peut méconnaître que des adresses comme celles qu'on vient de lire passent réellement toute mesure, et qu'il est difficile d'en excuser l'expression, même par l'efTervescence du temps. C'est une continuation du sans-culottisme dont l'auteur du

Souper de Beaucaire nous avait produit des échantillons à Toulon; mais dans les révolutions, quand un parti ennemi nous attaque à mort, on n'a pas le choix de ses moyens de défense, ni de la qualité de ses défenseurs : il faut que tout nous serve, et l'on n'a pas le temps d'examiner les nuances de ceux qui se présentent pour nous sauver, il faut tout accepter ou préférer périr. Quant à moi, c'est avec le sentiment de cette nécessité que je ne garde aucune réserve pour déclarer hautement que j'approuve les adresses de cette armée. Lorsque les familles de nos braves militaires sont spoliées et assassinées dans l'intérieur, n'est-il pas naturel que les défenseurs de la patrie rappellent au g-ouvernement ses devoirs et ses droits? Quand la République triomphe au dehors, il faut que les citoyens soient protégés au dedans. La proposition de Carnot et de Barthélémy contre les adresses est donc écartée.

Carnot présente un arrêté pour obliger les militaires en activité qui se trouvent à Paris sans leurs corps, d'en sortir sur-le-champ pour rejoindre. Cette mesure est demandée en même temps au corps législatif. Le Directoire renvoie au ministre de la guerre, qui rendra compte.

Carnot revient encore sur les terroristes, sur les échappés de Vendôme, qui conspirent, à ce qu'il prétend. La majorité du Directoire lui répond : « On pourra s'occuper d'eux après les royalistes ; ceuxci méritent la priorité de notre attention ».

Le ministre Scherer fait un rapport pour renvoyer des Invalides des militaires estropiés qui seraient heureux d'aller se retirer dans leurs foyers avec une pension. Ajourné jusqu'à l'époque de l'organisation délinitive de l'hôtel des Invalides.

Menou est nommé commandant de la 13^ division ; Boursier, inspecteur de l'armée du Rhin; Felino, inspecteur de l'armée de Sambre-et-Meuse. Ce dernier paraît avoir la recommandation particulière des députés de Clichy. Le député La Rue, dans un rapport, en fait un grand éloge pour s'être opposé au passage des troupes. i8eti9Ther- Carnot et Barthélémy renouvellent leur proposition d'écrire à midoranv. Bonaparte que le gouvernement blâme les adresses des armées d'Italie; ils demandent en même temps qu'il soit de suite répondu au message du Conseil des Cinq-Cents relatif à l'ordre donné de

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