CHAPITRE XXXIII
fai^-e passer des troupes dans la ligne constitutionnelle. On attendra le rapport du ministre et lïmpression de celui de la commission des inspecteurs de la salle.
Les deux commissions des inspecteurs de la salle demandent d'être admises au Directoire. Murinais, porteur de paroles, dit que les législateurs sont alarmés de tout ce qui se passe à Paris; qu'ils viennent au gouvernement pour l'éclairer sur le degré d'importance qu'on doit attacher au bruit d'un mouvement prochain. Le député La Rue parle dans le même, sens. Dumas ajoute que les législateurs n'ont pas peur, mais que des bruits singuliers frappent tous les jours leurs oreilles. Des militaires entrent dans Paris, ainsi que les anarchistes des départements. Lenormand s'élève contre l'irrégularité des délibérations de l'armée d'Italie. Le président du Directoire répond que la tranquillité publique ne paraît point menacée ; que ce sont les alarmes du corps législatif qui en font naître d'autres; que le gouvernement voit avec peine les discours qui ont pu affliger les armées et même les blesser. Les commissions se retirent.
Le 19, Carnot redemande le message, et sans discussion il met aux voix si l'on veut répondre et écrire à Bonaparte. Des pourparlers et des aparts qu'il a eus avec les inspecteurs de la salle autorisent à croire qu'il agit ici par suite de quelque convention arrêtée avec ces messieurs. Rewbell, Revellière se fâchent de la manière subtile dont la question a été posée. Carnot répond que, s'il ne peut plus parler, on n'a qu'à s'expliquer, et qu'alors il se retirera. Décidé qu'il ne sera répondu que lorsque les rapports seront connus.
Le député Jourdan (des Bouches-du-Rhône) prononce un long aiThemidoi discours au Consed des Cinq-Cents sur la mise en état de siège des ^'^ ^■ communes de l'intérieur, dont abuse le Directoire. Il obtient une résolution pour enlever ce qu'on appelle les moyens préventifs. Aubry propose d'autre part d'ôter au Directoire la faculté des destitutions des fonctionnaires civils et militaires. On ne peut mieux aller au but de la déconsidération et de l'anéantissement du Directoire qu'en lui enlevant tous les moyens d'action. Le pouvoir de nommer aux emplois devient nul si l'autorité du pouvoir nominateur est privée du droit de destitution, qui suit nécessairement celui de tout supprimer, qui ne peut s'éclairer que par l'expérience de son choix sur la nécessité de les modifier ou de les réformer.
L'étranger paraît toujours constamment informé de nos troubles intérieurs, et il épie toutes les occasions d'en profiter. On écrit de Brest que les Anglais sont débarqués à Berthcaurae ; que des troupes républicaines sont heureusement accourues aussitôt, et ont forcé l'ennemi de regagner ses vaisseauî^.
Barthélémy et Carnot, qui nous ont menacés de leur sile ce, ne tiennent pas leur parole : ils veulent toujours qu'on répordo au message et qu'on écrive à Bonaparte. Décidé de nouveau que ce ne sera qu'après le rapport et l'impression des pièces.
Le général Augereau vient d'arriver à Paris apportant les drapeaux de la garnison de Mantoue. Il est introduit par le ministre de la guerre. Augereau, de prime abord et sans préparation de discours, déclare que les braves de l'armée d'Italie ne souffriront pas que les royalistes opèrent la contrerévolution; que douze mille braves qu'il commande sont prêts à marcher contre eux. Augereau sorti, je propose, comme j'en étais convenu avec Bonaparte , qu'Augereau soit nommé commandant de la 17'' division militaire et que le général Hatry passe à une inspection d'infanterie. Rewbell et La Revellière votent pour l'affirmative; Barthélémy et Carnot, contre. « Cette mesure, disent-ils, peut alarmer. » Rewbell répond : « Qui, alarmer les royalistes? » Carnot a dit depuis, dans un mémoire justificatif, s'être écrié, envoyant paraître le général Augereau : « Voilà un fier brigand! » Il est possible que Carnot se soit dit cela à lui-même, mais, à coup sûr, ce ne fut pas de manière à être entendu d'aucun de nous, encore moins du général Augereau. Car ce que je me rappelle avec pleine mémoire, c'est qu'en considérant ce général d'une taille très élevée, d'une figure rébarbative et qui exprimait si bien qu'il était très capable de faire ce qu'il disait, Carnot et Barthélémy réunis paraissaient être dans un état de véritable stupéfaction. Augereau avait des paroles qui étaient en harmonie avec ses formes rébarbatives ; il dit avec franchise et très hautement : « Je suis arrivé pour tuer les royalistes ». Il me montra une lettre dans laquelle, répondant à toute la bonne opinion que Bonaparte avait de lui, il lui écrivait : « Notre pureté et notre courage sauveront la République du précipice affreux où l'ont plongée les agents du trône et de l'autel ».