‹ Mémoires;Chapitre 263 sur 302 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

La paix avec le Portugal est à peu près arrêtée : elle ne tient plus qu'à l'admission de quatre ou six bâtiments de guerre anglais dans les grands et petits ports de cette puissance.

Bonaparte fait passer de nouvelles adresses de l'armée d'Italie. Parmi ces adresses se trouvait celle de la division Bernadolte, à laquelle il avait attaché beaucoup d'importance, mais qui avait été retardée par l'indécision du chef. Après que Masséna, Augereau, Joubert s'étaient prononcés, Bonaparte avait de suite envoyé à Bernadotte copie des adresses faites par ses généreux compagnons d'armes. Pour motiver le retard de Bernadotte en cette circonstance, certains historiens ont fait répondre pour Bernadotte, et Bernadotte luimême croit peut-être avoir alors répondu, en disant que cette démarche était une infraction à la Constitution et au bon ordre, et qu'il ne croyait pas que le général en chef eût des ordres à donner à ce sujet. Les mêmes ajoutent que Bonaparte aurait insisté en disant qu'un pareil refus ferait croire à une mésintelligence entre les généraux, et que les ennemis de la République ne manqueraient pas d'en tirer parti; que Bernadolte crut devoir céder à cette considération ; que pour concilier ses devoirs envers le général en chef et le gouvernement, Bernadotte fit une adresse qu'il envoya lui-même, non au général en chef, mais au Directoire, et où se trouvait ce passage : « Si des conspirateurs ont formé le projet de porter une main sacrilège sur le gouvernement, qui est la sauvegarde des lois et la sentinelle du peuple, les mêmes bras qui ont servi l'indépendance nationale, les mêmes chefs qui ont guidé les phalanges républicaines, existent encore : avec de tels appuis, vous n'avez qu'à vouloir pour faire disparaître les ennemis de l'Etat et de la liberté.... » Bernadotte en effet nous envoya directement cette adresse, en passant par-dessus le devoir de la hiérarchie militaire, qu'il savait si bien revendiquer; mais il en avait aussi probablement envoyé une copie è son général en

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chef, et c'est celle que Bonaparte nous transmettait en ce moment.

Il est très vrai que cette adresse ne contenait point les expressions énergiques des divisions Masséna, Joubert, Augereau, qui rivalisaient d'audace et d'injures contre les royalistes. Il est vrai que Bernadotte commençait par une manière assez dubitative, et que le si pouvait lui préparer en justice chicanière une espèce de retranchement en cas d'insuccès : mais ceux qui veulent donner des raisons aussi subtiles à la conduite de Bernadotte à cette époque, ne s'aperçoivent pas qu'ils lui donnent un rôle de finesse qui serait d'abord une véritable abnégation de conscience. Voulant expliquer d'une autre manière sa conduite politique à cette époque, réussissent-ils à la mieux justifier lorsqu'ils disent que Bernadotte avait dès lors entrevu dans Bonaparte le destructeur des lois de la République, et qu'il commençait à lui montrer son opposition. Rien ne prouvait ici l'opposition de Bernadotte, suivant le principe républicain qu'on veut lui donner. Bonaparte agit alors avec une grande habileté lorsque , n'ayant pas l'air de soupçonner Bernadotte, il afîecte d'avoir en lui une plus grande confiance. Quelque temps après avoir fait partir Augereau pour Paris, il envoie Bernadotte comme un observateur de plus de tous les mouvements qui allaient se décider dans la capitale. La mission apparente de Bernadotte était de nous apporter six drapeaux qui avaient été laissés par mégarde à Peschiera, dont deux pris à la bataille de Rivoli. « Cet excellent général, nous mandait Bonaparte en nous envoyant Bernadotte, qui a fait sa réputation sur le Rhin, est aujourd'hui l'un des officiers les plus essentiels à la. gloire de l'armée d'Italie. Je ne dois pas laisser passer cette occasion sans donner à sa brave division, aux généraux et aux troupes qui sont venus du Rhin et de Sambre-et-Meuse, le tribut d'éloges que je dois à leurs services. Dans toutes les occasions elles ont culbuté ce qui était devant elles* Vous

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