CHAPITRE XXXIII
voyez dans le général Bernadette un des amis les plus solides de la République, aussi incapable par principe que par caractère de capituler avec les ennemis de la liberté et avec l'honneur. »
La première expression de Bernadotte à son arrivée à Paris ne répondait pas moins que celle de Bonaparte à tous les sentiments républicains dont celui-ci donnait l'investiture. Bernadotte ne parlait qu'avec enthousiasme de « son général en chef » , il lui adressait des expressions pleines d'admiration et de dévoûment. Bernadotte était bien loin de se montrer au-dessous de l'opinion exaltée que Bonaparte avait donnée de lui; et, se croyant obligé à se montrer difficile en patriotisme, il disait avoir trouvé l'esprit républicain fort attiédi. La contre-révolution, d'après Bernadotte, se faisait dans les esprits : les lois étaient sans vigueur; les émigrés rentraient; les tribunaux en acquittaient une partie, et ne poursuivaient point les autres. Bernadotte allait même assez loin dans ses expansions, pour qu'Augereau, étonné de son apparition subite qui l'avait en quelque sorte mis sur ses talons, ne le vît pas sans quelque jalousie : et, dans toute la fraternité d'un amour-propre que les militaires décorent souvent du nom de franchise, Augereau écrivait naïvement : « Bonaparte s'est fait beaucoup de tort par ses éloges donnés à Bernadotte et à Sérurier. Il est imprudent d'avoir envoyé Bernadette à Paris en même temps qu'Augereau », car c'est ainsi que celui-ci, dans son enivrement, parlait lui-même à la troisième personne. C'était le ton de César dans ses Commentaires, mais la proportion d'actions immenses donnait bien à l'auteur romain le droit de choisir le style de ses récits. « Bonaparte sait bien qu'il n'y a que lui en Italie, et moi à Paris qui puissions sauver la patrie. » Cette mésintelligence entre deux hommes que Bonaparte voulait mener également l'un par l'autre, en les faisant agir l'un contre l'autre, lui plaisait singulièrement, tellement même, que, parlant d'Au-
g-ereau à Laval ette, il lui écrivait : « Augereau est un peu chaud, mais il est attaché à la chose publique, à l'armée et, je crois, à moi ». C'étaient les temps de la modestie de Bonaparte, où il ne mettait son moi qu'en troisième ligne.
En même temps que Bonaparte nous donnait connaissance de la prise de possession des îles vénitiennes, dans l'Adriatique, l'ambassadeur de Naples, Ruffo, est venu me proposer l'occupation d'une partie des États du Pape par le gouverneur napolitain, et la destruction de ce colosse du fanatisme. Je réponds à M. de Ruffo que la première partie de sa proposition me paraît ne pouvoir être admise, ni même présentée au Directoire. Nous pourrions néanmoins nous joindre naturellement à la Cour de Naples pour détruire le foyer de la superstition. C'est à ce seul prix et avec de pareilles conditions, qu'il est permis de penser à une réunion sincère entre une république et des rois.
22Thermidor Après avoir pris connaissance du rapport et des pièces qui établissent la plainte du corps législatif sur les adresses des armées, et la circulation des troupes dans l'intérieur, le Directoire adresse en réponse un message au Conseil des Cinq-Cents. Carnot et Barthélémy n'en adoptent pas toutes les dispositions, et principalement les causes qui ont produit les adresses de l'armée d'Italie. Ils voudraient regarder comme effet ce que nous considérons comme cause, c'est-à-dire la malveillance des ennemis intérieurs dont l'ingratitude a pu irriter les armées : ainsi nous ne pouvons nous entendre.
Bonaparte écrit qu'il attend toujours la réponse de Vienne, ainsi que le secrétaire français envoyé à M. Thugut; une lettre de M. de Gallo à Clarke annonce que la Cour de Vienne a pris prétexte de certaines opérations . L'armée autrichienne s'est emparée de Raguse. Déjà si disposé à prendre toutes les initiatives de la politique comme de la guerre, Bonaparte, sans aucune autorisation ni instruction, a écrit au Pape de faire cesser la division qui existe dans l'Église en France ; Sa Sainteté voudra bien par un bref prescrire aux prêtres constitutionnels et réfractaires soumission et obéissance envers le gouvernement républicain, cessation de division entre eux, d'oii doit incessamment résulter fusion ecclésiastique.
Les États du roi de Sardaigne sont fort agités.
La paix du Portugal est arrêtée; elle a été signée au nom de la reine de Portugal par le chevalier Davanzo Dazavcdo.
La correspondance nous donne de nouveaux détails d'excès commis dans le Midi.