‹ Mémoires;Chapitre 3 sur 302 · Voir t. I, Introduction générale, p. xii à w · texte numérisé non relu

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leurs qui, même sans être historiens de profession, s'intéressent à cette période de notre histoire. A première vue, on trouvera peut-être un peu monotone la lecture de ces résumés, qui enregistrent sans aucun développement, sans aucun souci de composition littéraire, le détail de la besogne politique accomplie au jour le jour par cet étrange pouvoir exécutif à cinq têtes. Mais défendez-vous contre cette première impression, continuez de lire : et voici que l'intérêt commence. Ces fastidieux comptes rendus s'animent, prennent peu à peu une signification, une portée que vous ne soupçonniez pas tout d'abord. Vous trouvez une utilité, un charme même, aux innombrables renseignements, mal coordonnés, mais précis, mais exacts, mais vrais dans leur désordre et leur aridité, qu'ils vous fournissent sur la politique intérieure et sur la politique étrangère du Directoire. Vous voyez vivre sous vos yeux ce gouvernement, vous pénétrez dans le secret de ses faiblesses, de ses divisions, de ses mesquines rivalités intérieures. Vous assistez à la singulière évolution qui fait de l'ancien membre du Comité de Salut public, du fougueux et convaincu terroriste Carnot, le représentant et le défenseur au Directoire des idées modérées. Métamorphose inattendue, dont s'indigne Barras, demeuré jacobin, et qui lui fournit, ainsi qu'on le verra, une ample matière à perfides insinuations contre son collègue.

Et, peu à peu, de la foule de ces menus faits se dégage l'image très nette d'un gouvernement violent et faible tout à la fois; d'un pays en proie à l'anarchie et où l'institution républicaine tombe dans un discrédit plus profond de jour en jour; d'un peuple désenchanté, revenu de ses grands enthousiasmes de naguère, mécontent du présent et inquiet de l'avenir, plein de mépris pour son gouvernement; d'armées, enfin, dont la forte discipline a fléchi, où des préoccupations autres que le salut de la Patrie hantent maintenant l'esprit des soldats comme des chefs, et sur lesquelles commence à passer un souffle de pronunciamiento, qui déjà nous annonce Brumaire.

On voit que ces résumés analytiques sont autre chose qu'une collection de simples faits divers, qu'ils constituent une contribution importante à l'histoire de la période directoriale, et que les esprits qui demandent aux ouvrages qu'on leur soumet, la matière d'idées générales et les éléments d'une vue large et philosophique des événements et des hommes, trouveront ici de quoi se satisfaire. J'estime pour ma part que ces comptes rendus

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