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VIII PRÉFACE DU TOME II

des séances du Directoire, qui forment à peu près un tiers du second volume, donnent aux Mémoires de Barras une importance historique, une valeur documentaire qu'ils n'auraient pas, s'ils se composaient uniquement de l'expression plus ou moins véridique des rancunes personnelles de l'ex-Directeur contre les divers personnages qu'il y traîne successivement, comme Joséphine et Napoléon, dans la boue.

LES SOUVENIRS PERSONNELS DE BARRAS ET LEUR INTERET : TALLEY- RAND, LE MARIAGE DE JOSÉPHINE, M™'' TALLIEN, M™'' DE STAËL.

Les souvenirs personnels, l'histoire anecdotique et le pamphlet forment les deux autres tiers du présent volume.

Les personnes qui aiment les mémoires pour des raisons auxquelles le goût de l'histoire est étranger — c'est-à-dire la grande majorité du public — sont peut-être alarmées déjà des indications que je viens de donner sur le caractère trop exclusivement historique d'une partie du tome II des Mémoires de Barras. Je puis, hélas, les rassurer ! Quiconque se plaît aux commérages, se délecte au spectacle des petits côtés malpropres de l'histoire, aux « révélations » scabreuses; quiconque aime la médisance au point d'en jouir, même quand c'est à des morts qu'elle s'attaque, trouvera une abondante pâture dans ces pages. De ses contemporains et môme de ses contemporaines. Barras y parle à peu près comme nous parlons des nôtres dans un salon : ce qui équivaut à dire qu'il tient sur eux des propos effroyables.

Lorsque c'est sur des personnages tels que Talleyrand ou Fouché que s'exerce sa malignité, il est, je l'avoue, assez difficile de s'indigner. Que ces deux princes du mensonge, de la perfidie, de la trahison, — que ces deux grands corrompus soient déchirés à belles dents par un autre corrompu : c'est là chose éminemment édifiante. Le vice est puni ; peu importe que ce soit le vice lui-même, et non la vertu, qui administre le châtiment. C'est un beau spectacle que celui de Barras donnant les étrivières à Talleyrand au nom de la morale. Quelle joie pour nous de voir ces deux cyniques

personnages se dénoncer mutuellement au mépris de la postérité! Quelle ironie délicieuse, dans le fait que ces deux ennemis jurés de l'Empereur — dont l'un, le prince de Bénévent, a trahi, et l'autre, Barras, a calomnié Napoléon avec persévérance, — écrivaient simultanément des Mémoires qui vengeaient le grand homme du traître comme du diffamateur, de Talleyrand comme de Barras, — et de Fouché par-dessus le marché ! Qui pourrait en vouloir à Barras d'avoir ajouté dans son croquis de nouveaux traits, dont quelquesuns au moins ont un air de vérité, à ce que l'on connaissait déjà de la laideur morale de Talleyrand? Et qui ne saurait gré à Talleyrand de nous avoir indiqué, dans un récit discret de ton et mesuré de paroles, mais terriblement significatif, à ce qu'il semble, jusqu'oïl allait l'infamie des mœurs de Barras *? De tels hommes ont perdu tout droit à être plaints lorsque quelqu'un insulte à leur mémoire justement décriée. Je défie qu'on parvienne à calomnier ni Barras en lui reprochant une tare quelconque de corruption, ni Talleyrand, en l'accusant d'avoir reculé les limites de l'intrigue et de la cupidité. Et si les pages haineuses consacrées par Barras à Talleyrand '-^ ont une franche allure de pamphlet, on ne sent pas .en les lisant monter du fond de la conscience la protestation que soulève la vue d'une iniquité.

Il n'en va pas de même pour celles où il revient de nouveau à la charge, non plus cette fois avec de simples épigrammes et de savants sous-entendus, comme au chapitre XXI du premier volume, mais avec une grossièreté véritablement écœurante, contre la pauvre Joséphine ^ Là, les Mémoires de Barras froissent brutalement en nous le sentiment de la plus élémentaire délicatesse; et j'ose espérer que le goût des commérages ne prévaudra pas, dans l'esprit même de ceux qui sont atteints de cette infirmité morale, sur la réprobation que doivent soulever de pareilles médisances.

C'est dans le précédent volume qu'on trouve la première indi- ■cation de l'idée que l'auteur des Mémoires reprend et développe

1. Voir Mémoires de Talleyrand, I, p. 250 à 252. Talleyrand déclare plus loin (p. 273) que Barras fut moralement complice du 18 Brumaire, ce qui ne laisse pas d'être piquant.

2. Voir en particulier aux chapitres XXX et XXXI, p. 443 à 465 et 475 à 479. Lire sur Talleyrand la magistrale étude publiée par M. Emile Ollivièr, <lans le n° de la Revue des Deux Mondes du 15 septembre 1894.

3 Voir chapitre IV, p. 52 à 67.

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