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CHAPITRE IV

une prétendue expiation de celui versé auparavant, était-on admissible à venir, lorsque l'on n'était député que par suite du mouvement réactionnaire, présenter ces réclamations qu'apportaient au Directoire les députés Siméon , Jordan, Noyer, Malijay, puisque leurs noms se trouvaient encore accolés à celui de Cadroy, l'affreux bourreau du Midi?

Pendant que cela se passait dans le Midi, les ministres et les administrations de Paris présentaient journellement au Directoire des rapports oii ils exprimaient leurs craintes sur des assemblées récemment formées dans la capitale. D'une part, des étrangers osaient méconnaître la Constitution et les autorités qu'elle consacre; de l'autre, la loi agraire et la royauté étaient tour à tour soutenues dans ces réunions. Le Directoire décide la fermeture des assemblées établies contre l'esprit de la loi. Un message en instruit les Conseils, et demande des mesures répressives. Un nouveau gouvernement ne peut trop s'attacher à. reconnaître dans les sentiments exprimés sous une forme quelconque ceux qui répondent aux vrais besoins de la nation qu'il est appelé à diriger. D'après ce que nous venons d'apprécier, nous sommes autorisés à penser que la classe la plus nombreuse de la société, la classe nationale est satisfaite de la Constitution de 1795; l'autre, très peu nombreuse, est composée de royalistes et de mécontents, soi-disant patriotes. Le Directoire ne peut voir dans les perturbateurs de l'un ou l'autre parti que des ennemis de la République. Les rassemblements que nous avons ordonné provisoirement de faire cesser, sont le Salondes Princes, la réunion Sérilly, le Club du Panthéon, la réunion des Patriotes, rue Traversière; la Société des Echecs, s Nivôse le théâtre de la rue Feydeau, l'église Saint-André-des-Arts.

J'ai déjà dit aux amis comme aux ennemis de la République que ses magistrats avaient jusqu'ici été unanimes dans toutes leurs délibérations. Ils le furent encore complètement pour prendre les mesures qui devaient assurer l'ordre.

an IV.

Mes collègues, se tournant particulièrement vers moi, me dirent qu'il « allait probablement falloir bientôt se montrer», et ils me demandaient si l'on pouvait compter sur le général en chef de l'armée de l'intérieur, qui était soupçonné d'avoir eu précédemment des intelligences avec Menou, et aujourd'hui de favoriser les réunions des anarchistes, notamment celle du Panthéon.

Je réponds à mes collègues que « Bonaparte, dans sa conduite présente, avait cru sans doute suivre les intentions du Directoire, et seulement soutenir la victoire du 13 Vendémiaire; qu'au surplus, j'allais le mander, et que je lui intimerais les ordres du Directoire ».

J'envoie l'un de mes aides de camp pour chercher Bonaparte et me l'amener à l'instant. On le trouve enfin chez Mme Beauharnais, où il commençait à échanger depuis quelque temps des paroles galantes, qui dans la suite doivent être tout à fait sérieuses. Il arrive; je lui fais part des renseignements que le Directoire a reçus de plusieurs côtés sur ces réunions qui, dans un sens ou dans un autre, paraissent formées dans des desseins contraires au repos public.

Bonaparte me répond qu'il n'a jamais perdu de vue ces réunions, ainsi que doivent me le prouver les rapports quotidiens qu'il a faits au Directoire; qu'il y a pénétré lui-même pour bien savoir ce qui s'y passait, et qu'il a partout des hommes à lui. « Tant mieux, lui dis-je, je suis bien aise de tout ce que tu m'apprends; cela est tranquillisant pour le Directoire. Il serait bon cependant que tous ces repaires d'oisifs et de perturbateurs fussent fermés; il faut que cette opération soit consommée avant vingt-quatre heures. »

Bonaparte, le chapeau à la main, me dit respectueusement : « Citoyen Directeur, vos ordres seront exécutés; tout le monde est couché maintenant, les réunions terminées; mais je vous garantis qu'elles ne recommenceront plus à partir de demain. »

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