X PRÉPAGE DU TOME II
ici avec complaisance. Dès le siège de Toulon, Bonaparte nous est signalé comme un homme qui — pour employer une expression aussi basse que la pensée même de Barras — cherche « à faire son chemin par les femmes ». Tel le jeune commandant de l'artillerie se montrait déjà dans les assiduités intéressées qu'il prodiguait à la femme du représentant Ricord ', ou, plus tard, à la vieille Mlle Montansier ^, tel nous le retrouvons après Vendémiaire auprès de la veuve d'Alexandre de Beauharnais. S'il l'épouse, ce n'est point parce que les charmes, la grâce de Joséphine — cette grâce languissante de rose commençant à passer fleur, dont Frédéric Masson nous a donné une si subtile analyse — a éveillé dans cette âme ardente un sentiment impérieux, qui l'a envahie tout entière, au point qu'il ne disparaîtra jamais plus, et qu'à travers toutes les crises de sa tragique existence, malgré la lassitude, les infidélités, le divorce, le second mariage, malgré tout. Napoléon aimera cette femme-là jusqu'à la mort. Non! Ce n'est pas par amour, mais par ambition. Et ce calcul est d'autant plus vil, que Bonaparte n'ignore rien du passé de Joséphine. Sa femme, il la reçoit des mains de Barras, sachant que Barras a été, qu'il est peut-être encore l'amant de cette veuve aisément consolée. Et quand il part pour prendre le commandement de l'armée d'Italie d'abord, puis celui de l'expédition d'Egypte, c'est à Barras que, mari complaisant, il la confie.... Je demande pardon au lecteur de m'arrèter à ces ordures. Il le fallait cependant, ne fût-ce que pour exprimer le dégoût qu'elles m'inspirent.
J'ai annoncé qu'après avoir clairement établi le caractère diffamatoire des Mémoires de Barras ^, je ne me croyais pas tenu de discuter désormais chacune des calomnies que sa haine féconde invente contre Napoléon. Celle-ci, pourtant, est d'un caractère tel, qu'il me faut bien encore la confondre au passage.
Je note donc tout d'abord que ce venimeux chapitre IV, où sont contés les premières amours et le mariage de Bonaparte avec Joséphine, présente sur le point essentiel — à savoir la connaissance que Bonaparte aurait eue, selon Barras, des aventures galantes de celle dont il allait faire sa femme — une énorme contradiction. Dans un passage de ce chapitre. Barras reproche à Bonaparte d'avoir amené sa future épouse au Directoire alors « qu'il ne pour vait croire sa relation finie ». Je n'ai pas besoin d'insister sur les