‹ Mémoires;Chapitre 54 sur 302 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

du Danemark, a cru avoir besoin de justifier cette admission auprès des puissances. Il leur a fait observer qu'un gouvernement régulier est établi en France, et que le roi danois a cru devoir donner cette preuve de sa neutralité et de son impartialité.

Villars, notre résident à Gènes, est destitué; Cacault en exercera les fonctions, jusqu'à l'arrivée de l'ambassadeur Faypoult. Le parti français n'a pas été soutenu danS cette ville.

Un arrêté autorise les généraux en chef à accepter les démissions et à donner des congés absolus à tous les officiers sous leurs ordres qui en demanderaient. Les officiers réformés qui désireraient continuer leur service pourront rester aux armées.

Le traité de commerce conclu entre les États-Unis et l'Angleterre cause un mécontentement général en Amérique : des réclamations sérieuses sont faites par les autorités et les citoyens de divers États. Washington, malgré sa belle réputation d'intégrité, paraît s'être compromis en ne consultant pas le Sénat avant la conclusion de ce traité : il n'est pas seulement nuisible au commerce des États-Unis, mais aux engagements pris avec la France.

Les réclamants américains déclarent qu'il eût été plus convenable de faire des concessions aux Français, auxquels ils doivent tant de reconnaissance. Le traité de Washington renferme des articles et des dispositions qui immiscent l'Angleterre, et la font pénétrer dans toutes les affaires des Américains. Il soulève tous les amis de l'indépendance américaine.

Le général Hoche, dont la conduite énergique est toujours pleine de fermeté et de justice dans la Vendée, prépare rapidement la pacification tant désirée. Il a appelé auprès de lui l'intrépide adjudant général Travot. Celui-ci a exécuté les instructions de son général en chef avec une ponctualité et une vivacité sans pareilles. Il a poursuivi Charette jour et nuit comme une bête fauve dans toutes ses retraites. Charette, réduit à un petit nombre de soldats, et à fuir de buisson en buisson, est pris le 2 germinal dans une forêt, et bientôt fusillé à Nantes, où, quelques mois auparavant, il traitait de puissance à puissance avec la Convention. En allant à la mort, il s'est écrié : « Voilà donc où les Anglais m'ont conduit ! »

Le Directoire nomme Travot général de brigade. Carnot, dans plusieurs circonstances, a écrit au député Audouin pour l'inviter à communiquer au Conseil les nouvelles des armées. Le Directeur, en agissant ainsi, n'a sans doute été mû que par les meilleurs sentiments, mais cette conduite a paru peu convenable au Directoire. Ses membres ne sont individuellement autorisés à aucune transmission.

Bonaparte est arrivé à Nice, et a pris le commandement en chef lo Germinal

2 Germinal an IV.

Germinal an IV.

an IV.

11 Germinal, de l'année. J'ai écrit aux deux consuls d'Italie pour leur faire conan IV. naître que je n'avais aucune part à l'envoi d'une dénonciation qui

leur avait été adressée du Midi sous le couvert du Directoire. Je désavoue hautement la citation du député Isnard; les Conseils ordonnent l'impression de ma lettre.

12 Germinal Nous n'avons point encore reçu d'ambassadeur des puissances étrangères depuis notre installation. La prioiité est donnée au marquis delCampo, ambassadeur d'Espagne. Il est reçu en audience solennelle. Cette cérémonie a été sans confiance et sans sincérité. Cet Espagnol, beaucoup trop vanté pour sa finesse, car qui est-ce qui peut être fin à l'époque où nous sommes, et particulièrement l'homme sur lequel on est averti que son état est d'être adroit? cet Espagnol, dis-je, a relâché en Angleterre avant de débarquer en France. Cette route, qu'on n'avait probablement pas choisie comme la plus courte, pouvait nous paraître quelque peu suspecte.

Aubert-Dubayet a reçu les instructions et son audience de congé pour Constantinople.

Le Directoire a chargé Saliceti de se rendre à Gênes pour tâcher d'obtenir de ce gouvernement des vivres et des fourrages nécessaires à l'armée d'Italie. Les ministres d'Angleterre et d'Autriche ont menacé les Génois s'ils consentaient à des fournitures ou à des cessions. Saliceti, l'un de ces hommes d'alors qui était encore le plus préconisé pour sa finesse, n'a pas montré dans cette mission toute l'habileté qu'on lui suppose. Il est vrai que sa prétendue habileté a dans lui-même deux grands adversaires accoutumés à le vaincre, l'ambition et l'intérêt, qui lui prescrivent de ménager tout ce qu'il croit voir au-devant de ces deux passions très supérieures à son patriotisme. Cependant quelques faibles parties de fourrages ont été obtenues.

12 Germinal Le Directoire accepte la prétendue démission du ministre de la police, Merlin; c'était une convention faite avec lui. On le renomme aussitôt ministre de la justice. Le député Cochon, dit Lai^ai-ent, ancien membre de l'Assemblée constituante et' de la Convention nationale, passe à la police; l'ex-ministre delà justice Génissieux, qui n'a été en quelque sorte qu'intérimaire de Merlin à la place Vendôme, est fait consul à Barcelone. Pichegru est nommé ambassadeur en Suède. Cette nomination a été le sujet d'interprétations diverses. On a voulu qu'elle fût de la part du Directoire un acte de défiance contre Pichegru, en raison des derniers événements sur le Rhin, dans lesquels il avait été soupçonné de trahison. C'est une erreur tout à fait gratuite. Le Directoire ne croyait pas avoir à se défier ici de Pichegru plus que de Jourdan. Ces deux généraux, s'accusant réciproquement de leurs fautes personnelles, n'avaient pu être consei'vés ensemble à la tête des deux armées qui devaient

an IV.

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