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CHAPITRE VI

sinio (sic, Millesimo?;, Dego et Saint-Jean, les positions les plus importantes. La vallée du Tanaro nous est ouverte. L'armée piémontaise sera bientôt complètement détruite. Le gouvernement sarde va se détacher de la coalition.

Une attaque des frontières de France par le territoire de Bùle est préparée par l'armée de Condé. Le Directoire en est averti. Il fait prévenir l'administration du canton que s'il ne sait pas faire respecter sa neutralité et son territoire, et s'il souffre le passage des ennemis de la République, le Directoire considérera comme responsables les autorités suisses, et prendra contre elles les mesures convenables pour garantir les départements frontières.

Au milieu de toutes les idées et de tous les plans qui ont assailli le Directoire à son arrivée, il n'a point méconnu que l'établissement d'une république n'est pas moins un engagement moral qu'une immense gageure politique. Nous avons franchement cherché ce qui était le plus juste et le plus honnête; nous avons repoussé des ressources qui nous étaient offertes, quand elles s'écartaient de ce principe. Ainsi nous avons refusé les produits des jeux, et fait fermer les maisons qui en étaient les repaires. Ce sentiment d'honneur a prévalu et donné des résultats réels, car le numéraire, depuis si longtemps disparu, revient à la suite des papiers-monnaies qui n'existent plus. Le crédit commence à reprendre. La nation semble proclamer qu'elle se confie à notre loyauté. Nous voulons soutenir ce généreux mouvement par la fidélité aux engagements. Voilà notre système de finances; nous en recueillons déjà les heureux fruits. La situation de la France s'améliore, et devient imposante au dehors. La Hollande est libre, la maison d'Orange en est chassée; la navigation de l'Escaut est ouverte; nous possédons la Belgique et la Savoie. Des relations amicales sont établies avec l'Espagne; l'Empire ottoman nous est dévoué; la cause est commune entre nous et les États-Unis. La Suède et le Danemark nous assurent une bienveillante neutralité.

Un embargo mis sur les navires français qui se trouvent à Hambourg a nécessité de la part du Directoire une forte réclamation. Le gouvernement hambourgeois s'est empressé d'envoyer à Paris un sénateur pour régler cette affaire. Le Directoire a eu satisfaction, aussitôt qu'il l'a demandée.

Nos institutions se consolident. Les factions seront l'éprimées : si le Directoire est secondé par la législature, tout permet d'espérer que l'organisation de la Constitution de l'an III s'achèvera, et que le problème de la République sera résolu pour la France.

Plusieurs séances ont été employées au choix des commissaireç qui doivent être envoyés dans les colonies. La dis-

cussion, très animée, qui a occupé le Directoire, n'a pas eu pour résultat la nomination d'hommes complètement faits pour une pareille mission. Plus le pouvoir délégué doit s'exercer au loin, plus ceux à qui vous l'accordez doivent être choisis avec scrupule. Malheureusement tous ceux qui se destinent à passer les tropiques ne sont pas les hommes les plus satisfaits de leur pays, et pour lesquels leur pays ait le plus d'estime. S'ils y jouissaient de tout ce qui nous y attache, seraient-ils si impatients de l'aller chercher ailleurs? Moi aussi, j'ai eu dans ma jeunesse le besoin du déplacement et l'amour des voyages. Je ne pense pas cependant donner des raisons pour m'accuscr, sans croire non plus qu'il me fût bien difficile d'en trouver pour ma défense. Je dirai avec vérité que le tourment de la vie ascendante du premier âge, qui était à peine celui de mon adolescence, que la curiosité toute naturelle de voir du pays furent la seule cause de mes voyages; qu'ils n'eurent aucun calcul ni aucune pensée d'intérêt pour point de départ; qu'enfm celte première époque de ma vie en est la plus innocente, et je pourrais dire celle de ma virginité même.

Au moment oîi le Directoire, déjà tranquillisé sur l'organisation de ses armées, a pu évaluer les forces qui leur seront nécessaires contre tant d'ennemis extérieurs, de manière à pouvoir disposer encore des combinaisons lointaines et des expéditions outre mer, on peut déjà reconnaître l'ascendant du système nouveau. Ce qui me persuade davantage que notre gouvernement s'affermit et que les actions du Directoire, si Ton peut ainsi dire, « deviennent assez bonnes sur la place de l'Europe », ce n'est pas seulement les expressions de politesse et de coquetterie que nous recevons de tous les gouvernements qui ont recherché la paix et semblent satisfaits d'entrer avec nous dans des relations fraternelles, c'est que les répugnances intérieures paraissent se calmer. Les réfractaires à la liberté, les récalcitrants contre la République com-

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