CHAPITRE VI
fort disposé à donner droit à la force, et à accorder une bienveillance générale aux g:ouvernements de fait, sans s'informer de leur principe moral; si dans la suite M. Benjamin Constant n'avait développé ses théories par les applications les pins généreuses; et s'il n'avait prouvé, par le sentiment le plus pur d'humanité et de liberté, qui a dicté tous ses discours, que les gouvernements n'auront jamais droit à ses égards que lorsqu'ils respecteront ceux dont ils tiennent l'existence.
Les plus grandes récompenses décernées jusqu'alors par la Convention aux armées qui avaient remporté les plus éclatants triomphes sur l'ennemi, avaient consisté à décréter qu' « elles avaient bien mérité de la patrie ». Le Directoire n'a pas à sa disposition d'autre mode de récompense; et les armées républicaines n'ont pas d'autre pensée. Voir rendre justice à leur conduite par quelques mots de félicitation est le contentement de tous les vœux, l'accomplissement de leur destinée. Le Directoire arrête qu'il sera écrit une lettre de o Fioréai satisfaction au général Bonaparte, ainsi qu'aux généraux qui se sont distingués dans les combats qui ont eu lieu depuis l'ouverture de la campagne. Je propose de charger le ministre de la guerre de demander aux états-majors des armées les noms des soldats qui méritent une distinction particulière. Rewbell appuie mon idée. « Gardons-nous, dit-il, de trop faire et de tout faire pour les généraux en chef : ils ne sont pas sujets à s'oublier eux-mêmes. » Bonaparte, qui n'a point encore quitté ses épaulettes de laine des premières années, conserve jusqu'ici les dehors de la modestie dans ses discours comme dans ses vêtements : c'est au nom de la liberté que sont faites ses proclamations; il recommande la discipline aux troupes, et fait des exemples sévères de ceux qui l'enfreignent. 11 nous transmet comme une preuve de ses dispositions à cet égard le jugement qu'il a fait prononcer contre un simple sapeur qui a été condamné à la peine de
an IV,
mort et exécuté pour avoir été à la maraude. Ce malheureux s'appelait La Tombe. Il a laissé en mourant, à ses camarades, un adieu qui est un vrai testament d'honneur. Bonaparte nous envoyant toutes ces pièces croit donner une preuve de vertu romaine. Pour que l'application eût tout son mérite, il faudrait qu'elle fût faite aux généraux qui déjà ont commis des exactions bien autres que celles des soldats, et que le général en chef paraît plutôt encourager que défendre.
L'armée d'Italie, après un combat glorieux, a pris possession de Mondovi. Les dispositions de Bonaparte, bien conçues, ont été admirablement exécutées. Des manœuvres savantes de l'ennemi n'ont pu le garantir d'une défaite. La consternation est à la Cour de Turin. Elle s'est adressée à l'ambassadeur d'Espagne pour des ouvertures de paix. La plupart des rebelles de la Vendée ont profité de la proclamation d'amnistie faite par le général Hoche : ils se sont présentés aux divers cantonnements pour faire leur soumission; les émigrés et quelques-uns des plus fanatiques se sont retirés vers les chouans. La justice du général Hoche, la confiance qu'il a inspirée, avancent la pacification.
La correspondance de Pétersbourg annonce qu'une armée russe se rassemble sur les frontières de la Finlande. La Suède réunit aussi beaucoup de troupes, sur son extrême frontière. On est en présence : les hostilités ne peuvent tarder d'avoir lieu. On croit qu'il y a parmi les Suédois un parti russe qui parle cession et arrangements.
M. de Choiseul, ci-devant ambassadeur à Constantinople, arrive à Vienne chargé des affaires du Roi, qui réside à Vérone. L'Autriche a exigé qu'il ne déploierait aucun caractère public. Le ministre de Venise, Quirini, allant au-devant des convenances présumées de la République française, prend au nom de son gouvernement l'engagement de faire éloigner du territoire de sa république les membres de la famille des Bourbons qui peuvent s'y trouver encore, et auxquels il n'a été dans le temps accordé d'asile que sur l'approbation du Comité de Salut public. Déjà le Directoire, pour obtenir, n'a plus à demander ni à désirer.
Le Directoire fait notifier au grand-duc de Toscane qu'il rompra toute neutralité si Son Altesse donne passage aux troupes napolitaines qui voudraient se joindre à celles du roi de Sardaigne. Le Gouvernement toscan, qui a toujours mis de la mesure dans ses décisi(^ns, a cru devoir réclamer l'intervention de la Cour d'Autriche.