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CHAPITRE VI

Le Directoire, pensant qu'au milieu de toutes les difficultés qui peuvent être suscitées encore contre le nouvel établissement constitutionnel, la force du gouvernement réside dans la nation, et que c'est à elle qu'il faut se i^emettre des soins de l'oixlre, s'occupe de la réorganisation de la garde nationale. Il demande une loi pour forcer les retardataires à s'inscrire et à remplir leur devoir do citoyens. Je répète à mes collègues que la saine politique est avant tout de ranimer l'esprit public; d'éviter toute division dans les grands pouvoirs de l'État; d'user avec beaucoup de discrétion des destitutions; d'accueillir et d'honorer les républicains, de les protéger, les encourager, leur témoigner de la confiance, et de les appeler aux fonctions publiques.

Le général Colli, commandant en chef l'armée sarde, prévient Bonaparte que le Roi a envoyé à Gênes des plénipotentiaires pour traiter de la paix. Il propose, dans l'intérêt de l'humanité," que les hostilités soient suspendues pendant la négociation. Quoique plusieurs mouvements et des paroles échappées à Bonaparte indiquent déjà une certaine velléité de marcher seul, et de s'affranchir de l'autorité civile, dont il n'est que l'agent militaire, il sent ciu'il est encore nécessaire de se retrancher derrière son gouvernement. C'est pour lui une ruse de guerre et de diplomatie : il répond en conséquence au général Colli cjue le Directoire s'est réservé le droit de faire des traités; que du Directoire doivent émaner les pouvoirs à donner aux ministres qui seraient envoyés à Gênes; que les ministres sardes qui sont à Gênes, en se rendant à Paris pourront accélérer la négociation; mais que toute suspension d'armes est impossible, à moins que deux des trois places qu'il désigne, Coni, Tortone et Alexandrie, ne soient mises à sa disposition.

Le roi de Sardaigne consent à livrer Coni et Tortone; il eût livré de même Alexandrie si on n'eût pas commis la faute de lui laisser le choix.

Le 20 floréal, le Directoire a reçu avec solennité l'officier porteur 20 Fioréai des drapeaux pris aux ennemis par l'armée d'Italie.

Le Gouvernement n'est pas sans éveil sur un rassemblement armé de Prussiens, d'Hanovriens, de Hessois et de Brunswickoisr porté, dit-on, à soixante mille hommes, sous le prétexte de défendre la ligne de démarcation pendant la campagne. Des ordres sont expédiés pour assurer la Prusse que cette ligne sera respectée par es Français. Cette communication est appuyée secrètement par quelques sacrifices.

Le prétendant a reçu à Vérone, du gouvernement vénitien, l'ordre de quitter les États de cette république. C'est le mar-

an IV.

quis Carlotti, noble véronais, qui a été chargé de faire celle notification au frère de Louis XVI. Le prétendant, qui n'avait été prévenu par aucun avis, a répondu de suite : « Je partirai; mais j'impose deux conditions : l'une, qu'on me présente le livre d'or, où le nom de ma famille est inscrit, afin que je raye ce nom de ma main; l'autre, qu'on me rende l'armure dont mon aïeul Henri IV a fait présent à la république. )) Le podestat de Vérone a fait, sur cette réponse, une protestation qu'il a envoyé porter au prince par le même noble véronais. Le prétendant lui dit : « Je ne reçois pas les protestations de votre podestat; je ne recevrais pas davantage celles du Sénat. Je partirai aussitôt que je recevrai mes passeports; mais je proteste dans ma réponse; je me le dois, ne pouvant oublier que je suis le roi de France. »

La dignité de cette conduite pouvait être regardée comme un ridicule par ceux qui ne considéraient que la distance oii les triomphes de la République paraissaient tenir la famille des Bourbons à l'égard de la France. Tout convaincu que je l'étais moi-même de la force invincible de la République, si nous parvenions à l'organiser, je n'en appréciais pas moins ce que présentait d'honorable la fermeté d'un prince malheureux. Je n'ai jamais cru qu'il fût au pouvoir d'aucun triomphe, même le plus définitif, d'enlever à un caractère constant la place historique qu'il prend toujours par son propre poids en dépit des oppositions contemporaines.

C'est du général Bonaparte, qui à peine arrivé en Italie y avait déjà établi une police, que le Directoire avait tenu les premiers renseignements sur le séjour et sur ce qu'il appelait le danger du séjour de Louis XVIII dans les Etats vénitiens. C'était par « sentiment de haine contre les tyrans, par dévoûment aux premiers magistrats de la République », qu'il avait le premier excité notre attention, et provoqué la mesure d'expulsion de la famille des Bourbons. Je ne dirai pas que le délire de son ambition, quoiqu'elle remonte aux

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