CHAPITRE VIL
tion dont j'étais un des membres. Déclarez qu'elle ne présente rien de sérieux; montrez-vous grands, généreux, et la patrie est sauvée! Les républicains vous couvriront de leurs corps. Gouvernez populairement si vous êtes peuple ; vous savez la grande influence que j'exerce comme tribun, je m'en servirai pour vous concilier le peuple et je vous donnerai des garanties pour votre sûreté. » Cette lettre fort étendue présente-t-elle autre chose que l'œuvre d'un grand fou, qui a l'air de braver la mort et qui demande la vie?
Le Directoire, en informant les Conseils de la découverte de la conspiration, demanda l'autorisation de mettre les scellés sur les papiers de Drouet; il crut devoir aussi se faire autoriser à expulser de Paris les hommes dangereux : il considérait comme tels dans le moment les ex-conventionnels non réélus, les émigrés non rayés définitivement, et les étrangers. Ces propositions furent adoptées aussitôt.
Dans le moment même où l'on est frappé d'un grand péril, l'on ne songe qu'au besoin de le repousser, et tous les moyens sont bons quand ils paraissent mener à ce but. Un peu plus de réflexion nous apprend que la crainte d'un mal nous conduit dans un pire. Lorsque cette afîaire était encore flagrante, nous ne tardâmes pas, Rewbell et moi, tout en ayant adopté sincèrement les premières mesures de répression, à reconnaître qu'on leur avait donné peut-être plus d'extension que n'en exigeaient les circonstances; qu'il fallait sans doute atteindre les vrais conspirateurs, exclure de Paris ce qui était réellement dangereux; mais ne pas envelopper les innocents en prenant pour coupables les hommes dont les opinions rapprochées des conspirateurs demeuraient inofTensives; que c'était multiplier les ennemis du gouvernement; qu'il fallait, au contraire, tout rallier, tout rassurer, et montrer plus que jamais la force du Directoire dans sa sécurité, unie à la fermeté qui ne se départit point de son système et qui peut marcher, avec l'ordre légal, au travers de toutes les factions. La
terreur s'était emparée de nos collègues, et peut-être couvraitelle des sentiments moins avoués, ceux des haines particulières qui espèrent trop souvent se faire jour et obtenir des succès dans les crises publiques. Aussi mes réflexions, jointes à celles de Rewbell, furent-elles écartées : nous fûmes repoussés avec perte et sans discussion. Carnot, depuis notre installation, avait proclamé le premier que le Directoire devait gouverner et s'affermir par la sagesse et la modération; mais il n'avait peut-être pas renoncé autant qu'il le croyait, ou voulait le faire croire, aux manières du Comité de Salut public, qu'il cherchait à faire oublier, et il disait avec sécheresse : « La mort à ceux qui ont conspiré pour nous la donner : c'est la loi du talion; vous n'en finirez jamais autrement avec les Jacobins. »
Je répondais à Carnot que les Jacobins n'étaient pas nos seuls ennemis; qu'il ne fallait pas en augmenter le nombre en frappant les innocents; qu'il ne fallait pas surtout dédaigner et méconnaître l'existence du parti contraire, qui commettait dans le Midi les excès les plus odieux; qu'il fallait répression pour les perturbateurs, mais protection, justice pour tous les citoyens paisibles.... Je n'obtins rien encore le jour de ces débats; mais, le lendemain, Rewbell et moi revenant à la charge, nous décidâmes la majorité du Directoire à n'agir dans cette circonstance qu'avec calme et réflexion. Le Directoire n'entend point que des rigueurs nécessaires pour la sûreté publique deviennent des persécutions particulières contre les uns, et des encouragements d'impunité pour les autres : il faut que la loi règne sur tous et pour tous; il ne faut ni acceptions ni exceptions de personnes. Dans une proclamation qui exprime ces sentiments, le Directoire proteste qu'il réprimera toute réaction, et sévira contre les assassins des républicains du Midi.
Ces expressions, que Rewbell et moi nous avions eu beaucoup de peine à faire insérer, ne revenaient point à ce qu'on