CHAPITRE VII
idée, entre des députés et des membres du Directoire. J'interpellai tous ceux qui avaient pu y prendre part, sans excepter le ministre de la police, de me donner raison et connaissance des discussions et des mesures qui auraient pu être adoptées. Je connaissais toutes les ruses préméditées par mes ennemis pour demander l'intervention du corps législatif à l'effet de me mettre en cause : Directeurs et ministres présents, tous ensemble désavouèrent avoir donné créance aux bruits que la malveillance avait fait courir. Ce désaveu, fait avec une sorte de contrainte, ne pouvait me suffire. Je parlai d'une satisfaction publique, et de celle que l'honneur commande, surtout à des militaires. « Je ne crains pas l'accusation, je la provoque. Osez la faire, m'écriai-je; en me défendant avec ma conscience, je démasquerai ceux d'entre nous qui ont surpris la confiance publique et qui manquent à leur dignité. Je vais demander à être admis au Conseil des Cinq- Cents. » Je montrai alors la lettre que j'avais écrite dans cette intention.
Ma vive apostrophe fut suivie d'un grand silence ; Rewbell le rompit en se levant avec colère : « Je ne suis qu'un avocat, dit-il, mais si je n'avais pas le courage d'accepter une affaire d'honneur telle que l'a proposée Barras, j'aurais celui de m'ôter la vie pour cacher ma honte ». Alors chacun vint à moi pour me calmer et présenter des observations sur le danger d'une semblable publicité. « L'anarchie et le royalisme, me dit-on, vont se ranger autour de Barras pour nous diviser, et, au moyen de cette division, renverser nos institutions. Nous voulons tous la môme chose : nos dissentiments n'ont jamais eu lieu que sur les moyens. Aucune dénonciation ni accusation ne sera portée contre toi; nous la partagerions si jamais elle s'effectuait : réconcilions-nous donc; que toute désunion cesse, et que la patrie n'éprouve aucun dommage. » J'acceptai ces désaveux, ces démentis, ces excuses qui étaient des prières. On connaissait mon premier
mouvement, toujours énergique, bon quelquefois, emporté, mais pas toujours soutenu. On rendait surtout justice à mon cœur sans fiel et sans rancune. Nous nous fîmes des protestations bienveillantes de part et d'autre, et nous levâmes la séance.