CHAPITRE VIII. 43S
de bravoure et de réputation. Non; je viens seulement comme simple soldat, partager avec mes braves les dangers et les fatigues de la guerre et, sous les ordres des deux généraux, faire la campagne, sans autre qualité que celle de simple soldat. »
L'Assemblée batave a retardé l'envoi d'un commissaire à Paris, pour concerter les opérations de la campagne. Le Directoire se plaint de ce retard. L'enthousiasme des patriotes hollandais n'est plus le même; on les a opprimés, spoliés; ils sont mécontents : les orangistes ont saisi ce mécontentement pour l'exploiter contre la France.
Kellermann, général en chef de l'armée des Alpes, félicite le Directoire du succès qu'il a remporté sur les factieux de Paris : c'est de la conspiration Babeuf qu'il parle.
Les hostilités vont recommencer sur le Rhin : l'Angleterre, qui ~^ Fiordai solde l'Autriche, est parvenue à écarter toute proposition de paix dont cette puissance avait le désir. Le Directoire annonce aux armées de Sambre-et-Meuse, du Rhin, de la Moselle et du Nord que la campagne va s'ouvrir, qu'il compte sur leur courage et leur patriotisme.
Barthélémy a communiqué en original aux magistrats de Râle une instruction particulière du Directoire qui n'était pas sans quelque rigueur. Il s'agissait du séjour accordé aux émigrés, que les Bâlois ne devaient point souffrir chez eux; et de la nécessité urgente de mettre leurs frontières en état de défense, pour rassurer la Suisse et la France. Le Directoire mettait le tout à la responsabilité de ceux qui ne sauraient pas faire respecter la neutralité. L'ambassadeur a compromis le gouvernement par cette communication indiscrète. Les magistrats de Bâle, dans leur réponse à Barthélémy, s'expriment avec une humeur qu'ils croient de la fierté : « On nous gagne, disent-ils, par la droiture et l'amitié : la méfiance et les reproches aliènent nos cœurs. » Avec cette récrimination de procédés, ils croyaient échapper à la véritable question. Rarthélemy présentera une nouvelle note : il se plaindra non seulement de l'inconvenance inattentive des magistrats de Râle, mais aussi du défaut de réponse aux observations graves contenues dans la première note.
En voyant approcher l'une des colonnes de l'armée d'Italie, le duc de Modène a pris le parti de partir et se réfugier à Venise, où il a transporté près d'une cinquantaine de millions en sequins ramassés avec une prévoyante avarice ; c'est de Venise que le duc
an IV.
de Modène, aussi peu digne de son nom de baptême que de celui d'Esté jadis illustré, fait suivre les négociations commencées. Bien loin d'être généreux envers les vaincus, Bonaparte montre déjà le goût des sarcasmes contre eux et la jouissance de les humilier. Le duc de Modène, descendant de l'illustre maison Prairial d'Este, s'appelait Hercule III de son nom de baptême. Bonaparte nous mande que « le prince Hercule est aussi peu digne de son prénom baptismal que de la descendance de la noble maison d'Este ». II raconte être informé d'ailleurs que le négociateur de confiance, le Seigneur Frédéric, est le frère bâtard du duc, issu d'une danseuse française : le Directoire, ne trouvant pas plus d'unité que d'utilité dans de pareils détails, croit devoir les faire élaguer dans la publication qu'il donne des correspondances du général en chef de l'armée d'Italie. Sans vouloir d'ailleurs en ce moment réprimander celui à qui sa jeunesse et la victoire peuvent donner le droit de quelque exaltation, le Directoire charge le ministre des relations extérieures d'adresser à Bonaparte des instructions particulières à ce sujet. L'armistice conclu quelques jours après, le duc enverra à Paris des ministres pour traiter de la paix définitive. Quant aux préliminaires actuels, il se soumet à payer une forte contribution, à fournir denrées et munitions à l'armée, à donner ou plutôt- à offrir à la Bépublique française vingt tableaux choisis dans sa galerie. Le duc et le duché de Parme sont traités à peu près comme Modène.
Bonaparte écrit que le traité de paix avec la Sardaigne a été favorablement accueilli par l'armée; il veut bien en faire compliment au Directoire, et dans une de ses proclamations où il commence à affecter le ton de faire la part de chacun il félicite à la fois le Directoire et son armée.
Depuis que la France paraît avoir un gouvernement régulier, la liberté qu'elle représente est vue avec plus de confiance, et obtient un écho que ne craignent plus de répéter les hommes les plus honorables de l'Europe comme de l'Amérique. La voix de Fox se fait entendre au parlementd'Angleterrepour blâmer le traité de Pilnitz, premier acte d'hostilité et d'insulte contre la France, et commencement de la guerre suscitée contre la République. L'Autriche n'avait voulu entrer dans ce traité qu'avec la Prusse. La Prusse elle même avait hésité quelque temps. On avait flatté les Anglais de reprendre la possession de Dunkerque. Fox désapprouve encore la conduite de l'agent Wickham. Ses communications avec Barthélémy ont eu lieu sans autorisation du gouvernement de celui-ci. La terreur et la haine du parti opposé, soulevées par la République française, sont encore le levier du ministère anglais. Pitt est sûr de sa majorité dans les Chambres, et après qu'elles ont paru libéralement