CHAPITRE VIII
souscrire à quelques mots prononcés en faveur de la liberté, Pitt fait rejeter la motion de Fox.
Le député Lacuée, dont les intrigues à toutes époques n'ont jamais été des vues profondes, présente cependant comme telle ridée d'ajourner le corps législatif. Cette idée a été concertée entre deux membres du Directoire et plusieurs députés des Ancieng. « Le moment est heureux, dit le citoyen Lacuée : l'ajournement que je vous propose serait utile dès aujourd'hui; je me réserve de développer ma pensée à cet égard. » Le Conseil des Anciens a passé à l'ordre du jour sur cette proposition.
Le port de Livourne est une position extrêmement utile à l'Angleterre, tant pour son commerce que pour la relâche et l'approvisionnement des vaisseaux. Le Directoire écrit à Bonaparte de fermer Livourne aux Anglais, d'y mettre garnison française. Cette mesure est d'autant plus pressante que les insurgés de Corse sont maîtres d'Ajaccio; ils y ont arboré le drapeau tricolore, après avoir été trompés par Paoli, maintenant passé en Angleterre, ils se sont ralliés au parti français. Saint-Florent est en leur pouvoir; et, Livourne une fois fermé aux Anglais, ceux-ci ne pourront stationner longtemps dans la Méditerranée. Le Directoire promet appui et protection au parti républicain de Corse. Il a envoyé aux armées quelques troupes qui restaient dans les limites constitutionnelles autour de Paris; déterminé par la terreur que donne la dernière conspiration découverte, mais non encore jugée, le Directoire, sur la demande de Carnot, sollicite du corps législatif l'autorisation de remplacer ces troupes. L'inquiétude et même l'épouvante qu'on se plaît à entretenir, feront adopter toutes les mesures répressives qui seront proposées.
Après que le véritable héros de Toulon et des Pyrénées-Orientales, le général Dugommier, vainqueur des Espagnols, a été tué, il a été remplacé par le général Pérignon, comme le plus ancien divisionnaire. La paix, dont les premières négociations avaient été si heureusement ouvertes par Dugommier, ayant été conclue, le Directoire a cru faire un acte de gratitude pour l'armée en nommant le remplaçant de Dugommier à l'ambassade de Madrid. Ce général médiocre s'est montré au moins faible ambassadeur, prenant la grossièreté pour la dignité, la flatterie pour la politesse, ne sachant point garder de mesure ni en faire garder envers lui. Invité à dîner le jour de la Saint-Louis par le Prince de la Paix, il devait peut-être d'abord se rappeler que cette fête n'était pas celle de la République, se pénétrer ensuite de la juste idée de son rang comme ambassadeur de France, et, dans un repas d'étiquette, avoir au moins l'une des premières places auprès du Prince de la Paix. 11 les laissa prendre par l'ambassadeur d'Angleterre et par une
dame, ce qui aurait ressemblé à un outrage dans une pareille position. Il a en même temps reçu des cadeaux de toute espèce qui passent les convenances. Le Directoire, revenant sur sa méprise d'un pareil choix, croit devoir incessamment rappeler d'Espagne l'ambassadeur Pérignon. La nouvelle République française doit être respectée par les gouvernements anciens, et ne peut, sous peine de mort, balancer ni capituler sur les questions d'honneur comme elle l'entend ou comme l'entendent les autres.
Le ministre de la guerre dirigera vers le Rhin le reste des troupes disponibles qui sont dans l'intérieur. L'Autriche fait de grands efforts ; les troupes de l'Empire ont reçu l'ordre de joindre l'armée de Wurmser; elle se concentre dans le Brisgau.
Plusieurs États de l'Empire ont réclamé protection de la Prusse, et se sont adressés à la France pour qu'elle les préserve des exécutions militaires dont on les menace pour n'avoir pas fourni leur contingent, et pour avoir traité et fait la paix avec la République française. Le Directoire prescrit des communications à la presse à ce sujet. Les troupes destinées à défendre la ligne de neutralité s'opposeront à toutes exécutions militaires.
L'Autriche a notifié au général Jourdan la cessation de l'armistice. En conséquence, l'armée française a fait un mouvement et pris 13 Prairial des positions en avant. Le pont du Rhin près de Cologne a été an IV. barricadé, le quartier général transporté sur la Moselle. Le 13, 16 Prairial l'ennemi a été battu dans le Hunsrûck et sur la Sieg; le 16 il a
an IV. ° '
encore éprouvé un nouvel échec : il a perdu ses canons; on lui a tué ou pris plusieurs mille hommes.
Des insurrections ont menacé sur plusieurs points principaux en Italie. Des rassemblements ont eu lieu à Vérone, à Lodi, à Pavie. Les habitants de cette dernière ville ont arrêté la garnison française, et fermé les portes. Bonaparte est accouru à Pavie : après sommation d'ouvrir, il les a fait briser à coups de canon. La ville emportée d'assaut, les rebelles ont été mis hors de combat. Une commission a jugé, c'est-à-dire fusillé les chefs. Bonaparte, dans une proclamation, attribue la révolte aux nobles, aux prêtres, aux riches et aux privilégiés. L'Italie est entièrement à nous; nous occupons Vérone; les victoires se succèdent; le Mincio est franchi; l'armée est sur l'Adige, elle occupe Rivoli. Un combat a eu lieu à Borghetto; l'ennemi a perdu plus de quinze cents hommes, et se retire parles pays vénitiens. Bonaparte a fait des manœuvres savantes; il est entré à Peschiera, que les Vénitiens avaient laissé occuper par Beaulieu; il a écrit aux Vénitiens qu'il poursuivra l'ennemi sur leur territoire, rnais qu'il n'oubliera pas l'amitié qui depuis long temps unit les deux républiques : c'est avec l'Autriche seule que la France est en guerre, ' .