CHAPITRE IX
Brandons de discorde. — Le député Doulcet. — Un de ses discours.
— Son horoscope. — Admission de la dénonciation contre Drouet.
— Les Cinq-Cents au sujet des babouvistes. — Explications données par le Directoire. — Z'Almanach national. — L'agent de police d' Ossonvillc. — Le nommé Gonor. — Rivalités de moucliards. — Message du Directoire sur les mandats d'arrct du 22 Floréal. — Interprétations perfides. — Fausses alarmes répandues par les ennemis du Directoire. — Etat de la France. — Nouvelles diatribes de Thibaudeau. — Mot imputé à Rewbell. — La guerre aux places. — Destitution de Paré. — Mot furieux d'un Directeur contre les babouvistes. — Liste de proscription. — Rappel du ministre Rlaw. — Carnot veut faire M. Doulcet ministre des relations extérieures.
Tandis que la République française triomphe de tous côtés; que son gouvernement médite de nobles entreprises, et que la paix, est établie avec plusieurs puissances, pourquoi fautil que de nouveaux brandons de discorde soient encore jetés dans la France par ceux qui devraient le plus se réjouir et s'honorer de compter pour quelque chose dans la nouvelle organisation sociale.
Le député Doulcet, dans un discours d'une virulence sans exemple, vient parler des groupes furibonds qui se forment dans Paris; de la conjuration Rabeuf; d'un vaste bain do sang; de pillage; du sanglant bonnet rouge; de l'ânarchiquc Constitution de 1793 ; du serment fait par les factieux
d'égorger le corps législatif et le Directoire; de la nécessité d'exterminer cette horde d'assassins , de terroristes et d'échappés des comités révolutionnaires, qui cherchent à saisir le pouvoir et le glaive des proscriptions. L'orateur dit que son cœur n'est pas insensible aux maux de ceux qui ont vu disparaître leur fortune : il fait un appel aux hommes qui ont souffert, et tout cela à propos d'une victoire remportée par l'armée de Sambre-et-Meuse, qu'il avoue avoir bien mérité de la patrie : ce discours est un véritable brûlot. M. Doulcet est un de ces hommes que la haine domine, que la bile dévore, et qui sont fort peu reconnaissants d'ailleurs pour une république qui leur donne une destinée à laquelle ils n'avaient pas lieu de prétendre. On verra celle de M. Doulcet sous le gouvernement impérial; comme il mettra à profit les suites d'une relation commencée avec Bonaparte le 13 Vendémiaire; comme, après avoir utilisé le gouvernement, il se trouvera en mesure avec la Restauration ; comme il passera de nouveau à l'Empereur dans les Cent- Jours, repassera ensuite à la Restauration aussitôt qu'il en aura obtenu le pardon, et réunira au traitement d'ancien sénateur et à la pairie héréditaire, d'autres emplois non moins lucratifs, qui constituent ce qu'on appelle vulgairement un cumulard déterminé et éhonté.
20 et 21 Le corps législatif admet la dénonciation portée contre
Prairial
an IV. Drouet.
Les dissensions intestines sont loin d'être terminées. Des députés du Conseil des Cinq-Cents, imaginant que le bureau central a décerné contre eux des mandats d'amener, font une dénonciation dans le plus bruyant tumulte contre les fonctionnaires employés par le Directoire, qui a, disent-ils, attenté à la représentation nationale. Le Directoire n'attend pas que le Conseil lui fasse officiellement connaître le fait : il ordonne aussitôt au ministre de la police. Cochon, de lui rendre compte de ce qui s'est passé à cet égard. Ce ministre joint à son rap-