‹ Mémoires;Chapitre 83 sur 302 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

port celui des membres du bureau central, qui prouvent sans réplique qu'il a été commis sur des adresses une erreur, résultat de ce que les almanachs nationaux avaient énoncé comme ex-conventionnels des députés qui étaient encore membres des Conseils actuels; mais que les lettres qu'on érige en mandats d'amener n'ont donné lieu à aucune rig^ueur envers les députés objets de la méprise. Le Directoire s'empresse d'envoyer toutes les pièces aux Conseils. Le rapport du ministre est accueilli par des risées; on s'écrie : « Voilà la réaction ! » lorsqu'on l'entendit citer avec éloge un certain d'Ossonville, agent de police, pour le service éminent qu'il avait rendu relativement à la conspiration Babeuf. Ce d'Ossonville pourrait bien avoir fait dans cette poursuite quelque chose de son métier, à la manière du délateur Grisel; mais ce n'est pas là de ces actions dignes de la publicité et dont les gouvernements réduits à se servir de pareils instruments puissent jamais s'honorer. Cochon n'était pas sans quelque calcul de méchanceté en produisant celui dont plusieurs de nous avaient directement à se plaindre, pour des inventions abominables dans lesquelles il avait voulu nous enlacer. Lorsqu'on a mis en mouvement les délateurs, et qu'en les récompensant on voudrait encore les honorer, cela produit des imitateurs et même des rivaux. Aussi était-il tout à fait curieux de voir des agents de police qui voulaient disputer à Grisel les avantages du service qu'il avait rendu au gouvernement. « C'est moi qui ai découvert la conspiration », m'écrivait un nommé Gonor.

Quant au message du Directoire, l'ayant moi-même rédigé avec Rewbell, dans les sentiments de vérité qui nous guidaient, nous avions pensé qu'il suffisait à toute explication; je crois qu'il y suffit encore.

MESSAGE DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF RENDANT COMPTE DES MANDATS LANCÉS CONTRE DES DÉPUTÉS DU 22 B'LORÉAL

Le Directoire exécutif au Conseil des Cinq-Cents.

Citoyens législateurs,

Le Directoire exécutif, informé hier par la voix publique que des mandats d'amener avaient été lancés par le bureau central de la commune de Paris contre des membres du Conseil des Cinq-Cents, donna sur-le-champ des ordres pour qu'il lui fût rendu compte des causes qui ont pu produire un délit criminel, ou une méprise aussi fâcheuse. Il s'empresse de vous faire passer le rapport qui lui a été adressé en conséquence par le bureau central.

« Le Directoire exécutif, citoyens législateurs, n'a pas cru devoir attendre que le Conseil des Cinq-Cents lui demandât des éclaircissements sur des faits d'une telle importance, pour en faire la recherche et les lui communiquer. 11 connaît tout ce qui est dû au corps législatif et aux membres qui le composent, il sait que la liberté des nations qui habitent un sol de quelque étendue, ne peut subsister que par le système représentatif, lequel ne peut exister lui-même tant que le respect des citoyens pour les magistrats et celui des magistrats et des citoyens pour la représentation nationale cessent d'en être l'appui.

« Il n'ignore pas non plus que lorsqu'une fois un peuple s'est donné un gouvernement libre, il doit regarder ses institutions comme sacrées, sans quoi il ne trouve dans sa mobilité qu'une succession d'esclavage et d'anarchie, et l'affreux assemblage des crimes et des malheurs, qui dans tous les temps les accompagnèrent. Le Directoire exécutif saura prouver ses sentiments à cet égard par sa conduite; et il ne souffrira jamais que la Constitution soit impunément

Page 1