CHAPITRE IX
violée, en rien de ce qui peut entrer dans l'étendue de ses fonctions.
« Que des intentions criminelles, ou que l'inconsidéralion et la méprise aient dicté la démarche dont se plaignent avec justice les représentants du peuple contre lesquels elle a été dirigée, le Directoire exécutif mettra au nombre de ses premiers devoirs celui de ne rien négliger pour faire punir les coupables et rappeler ceux qui se seraient conduits avec précipitation ou légèreté à l'attention scrupuleuse qui doit être apportée à tout ce qui concerne la représentation nationale.
'■ Paris, le 2i prairial, l'an IV de la République française une et indivisible. » Prairial
J'ai réclamé le message qu'on vient de lire comme l'œuvre de Rewbell et la mienne, et je l'ai produit comme pièce au procès, pour que les hommes justes puissent dans cette circonstance apprécier la conduite des uns et des autres. L'élat des esprits laisse déjà poindre le germe de malheureuses divisions semées entre les pouvoirs, et dont la volonté conciliatrice la plus sincère tentera peut-être inutilement d'arrêter les conséquences.
Pourrait-on croire qu'un message tel que celui qu'on vient de lire et qui donnait au corps législatif des garanties aussi satisfaisantes, au lieu de le calmer, soit devenu le prétexte de nouvelles vociférations et de suppositions persévérantes contre nos intentions? Comme il arrive aux hommes pervers de s'emparer de toutes les circonstances qui peuvent favoriser leur passion, on profitait de la découverte de la conspiration Babeuf pour y rattacher tout ce qu'on voulait accuser et tout ce qu'on accusait , on en voulait rendre le Directoire responsable. On répandait aux Conseils que Paris était en insurrection; que les anarchistes enrôlaient et organisaient le massacre; qu'ils étaient au moment de renverser les institutions de l'an III pour les T. H. lu
remplacer par la Constitution de 1793. Ces propos effrayaient les uns, poussaient les autres à proposer des mesures odieuses. Ce qui est constant, c'est que Paris n'était nullement insurgé; que les républicains ne voulaient égorger personne; qu'ils voulaient vivre sous la Constitution qui nous régissait. Quelques-uns désiraient sans doute que les premiers pouvoirs de l'Etat ne les repoussassent pas avec une cruelle ingratitude, et que l'on gouvernât constitutionnellement et même populairement. Quant à certains groupes dont on exagérait beaucoup le nombre, nous eûmes la preuve qu'ils étaient pérores par des chouans, et que le peuple ne jouait là que le rôle de curieux. Mais les avantages remportés par nos armées, la paix faite avec plusieurs puissances, la résignation d'autres qui sollicitaient humblement l'alliance de la République, voilà ce qui excitait l'envie; et cette envie suscitait les troubles, provoquait des oscillations qui empêchaient la République de prendre équilibre, et d'établir ses relations avec tous les gouvernements de l'Europe.
M. Thibaudeau avait-il le secret de ces machinations subversives, ou était-ce la spéculation mal entendue d'un homme pressé du tourment de faire oublier à quel point il fut Montagnard avant le 9 Thermidor, et impatient de prendre place dans de nouvelles réactions? ou bien encore était-ce l'expansion naturelle d'un caractère envieux, personnel et gratuitement méchant, qui l'engagea à prendre en dessous les injustices qu'on avait pu croire négligées et abandonnées par ses compagnons? Toujours il recommençait et renouvelait les diatribes colorées de Doulcet contre les anarchistes; or M. Thibaudeau et les siens entendaient par anarchistes les républicains; et ceux-ci étaient l'objet de leur haine personnelle parce qu'ils savaient ne pouvoir en être estimés. Tels étaient, selon ces messieurs, les complices du Directoire. Dans leur système ils prétendaient que nous favorisions surtout les babouvistes, n'osant pas les soutenir