CHAPITRE IX
ostensiblement. Rewbell, furieux de voir Taction du gouvernement détruite par tous ces scandales sans motifs, s'écria que la contre-révolution était dans les Conseils : on l'accuse d'avoir dit encore avec une franchise plus brutale : « Il faudrait les mettre tous dans un sac et les jeter à la rivière ». Cependant le vent de la réaction souffle : la guerre aux places commence, les destitutions sont prononcées sans réflexion. L'un de nos plus estimables commissaires, celui du département de la Seine, Paré, bon et sage administrateur, patriote victime avant le 9 Thermidor, est destitué sur la proposition de Carnot. « Est-ce parce qu'il a été l'ami de Danton, et proscrit comme ministre de l'intérieur par les associés de Robespierre? réponJis-je. — Cela peut être, répliqua Carnot avec humeur; que ce soit cette raison ou une autre, le citoyen Paré n'a pas ma confiance. » Dans la même séance, le ministre Cochon parla avec une malveillance plus prononcée contre le député Drouet et tous les anciens membres de la Convention nationale. Croira-t-on que l'un des Directeurs, qui n'était ni sans probité ni sans humanité, ait osé dire : « Si au surplus, lorsque les conspirateurs du 22 Floréal paraîtront devant le jury, ils venaient à être acquittés, il faudrait les tuer. » Et comme cette déclamation excitait l'étonnement des autres, même celui du ministre Cochon présent, le Directeur, loin de se rétracter, dit encore avec plus de fureur : « Oui, je soutiens qu'il faudrait les tuer, parce qu'ils ont voulu nous tuer; et qu'il vaut mieux tuer le diable que de se laisser tuer par lui. »
Carnot, dont la colère ne se calmait point, tira de sa poche^ une liste des anciens députés qu'il annonça être tous dangereux, et il dit au ministre Cochon qu'il fallait être extrêmement rigoureux sur les exceptions et même qu'il n'en fallait point admettre; et comme il ne suffit pas encore de frapper les citoyens dans l'intérieur, on croit devoir étendre des mesures rigoureuses aux étrangers, non seulenjent les
plus inoffensifs, mais les plus recommandables par leurs vertus et leur patriotisme.
Le ministre Cochon vient faire un rapport contre des ambassadeurs soupçonnés de sympathie avec les opinions libérales, particulièrement contre M. Blaw, ambassadeur de Hollande, qu'il dit lié avec les Jacobins. J'essaie de faire quelques observations; elles sont superflues, et le Directoire, se livrant aux injustices du ministre Cochon, décide que l'on demandera le rappel de l'estimable Blaw. Peu content d'ailleurs de notre ministre des relations extérieures, Carnot propose de remplacer Lacroix par ce même Doulcet qui s'est si bien prononcé contre les anarchistes : c'était là le secret de la terrible harangue de ce député.