‹ Mémoires;Chapitre 86 sur 302 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Quelques consolations. — Gloire immense de Hoche. — Soumission des cJiouans. — Frotté. — Les lauriers de Hoche empêchent Bonaparte de dormir. — Bonaparte et César. — Soumission des principaux chefs vendéens. — Bourmont aux pieds de Hoche. — // est déporté en Suisse. — Ses intrigues. — Marche intrépide de Bonaparte. — Sa lettre de Vérone. — « L'empire français. » — Comment il traite les émigrés. — Passage du Bhin par Moreau. — Attaque concertée entre Moreau, le Directoire et Bonaparte. — Les deux frères Solano. — Les écoliers devenus maîtres. — Embarras du roi de Naples. — Saint Janvier. — Propositions de paix. — Grandes vues du Directoire. — L'ambassadeur Descorches. — Projet sur la Perse. — L'amiral Parker. — Nos succès dans l'Inde. — Dénonciations réciproques. — Saliceti et Pinçot. — Succès de Moreau. — Grands projets de Bonaparte. — // est blâmé par Carnot. — Échec éprouvé par Jourdan. — Mot de Carnot. — Belle retraite de Bernadotte. — On le compare à XénopJion. — Quelle fut la cause des succès du prince Charles. — Calomnie monstrueuse contre Moreau. — Députation de la ville de Milan au Directoire. — Seront-ils reçus? — Transaction. — L'Irlande demande le secours de la France contre l'Angleterre. — Les plénipotentiaires O'Connor et Fitzgerald. — Le Directoire les accueille.

Laissons de tristes débats dont on peut prévoir, mais dont on ne peut prévenir les conséquences funestes; levons les séances du Directoire; oublions les hommes publics et pensons à ces hommes honnêtes qui, malheureux dans l'intérieur de leur maison, veulent échapper aux tourments de la vie privée el s'enfuient à la campagne pour y respirer un air

pur et reposer leur imagination ulcérée sur le doux spectacle de la nature. Sortons de cette triste enceinte où nous n'entendons que des cris et des injures; prenons la carte de notre France, celle de l'Europe au delà de nos frontières. Voyons la marche admirable de nos armées, les sacrifices, les verLus et les triomphes des défenseurs de notre patrie; il y a des consolations qui élèvent l'âme et la séparent un instant au moins de tous les chagrins et les humiliations que causent aux nations les discordes civiles.

Le général Hoche est sans doute encore sur le premier plan de la gloire. Quoique les succès de son armée des côtes de l'Océan ne soient pas les plus brillants, ils sont les plus certains, les plus solides, et les plus dignes de la reconnaissance de la patrie; car il achève, par ses mesures à la fois énergiques et sages, de pacifier un pays où jusqu'alors la flamme l'a disputé au carnage et où, d'après des calculs trop vrais, plus de six cent mille hommes des deux partis, mais, hélas! toujours des Français, ont été dévorés en moins de trois ans.

Les chefs des chouans du Morbihan se sont soumis. Frotté traite à son tour. Hoche pourra tout à l'heure, à juste titre, être surnommé le Pacificateur de la Vendée. Admirable jeune homme, véritable héros de la liberté, ajoute ce nouveau laurier à la couronne de gloire qu'ont déjà placée sur ta tête les exploits du Rhin! Aussi jeune que Bonaparte, tu l'avais déjà depuis plusieurs années devancé dans la carrière : c'est peut-être ton audace qui a montré et frayé ta route et la sienne. Puisse-t-il ne la déployer que comme toi pour la défense de la noble cause, et ne pas perdre de vue l'exemple de ton désintéressement! Vains souhaits!

Il n'y a point de légèreté à croire que parmi les causes qui devaient enflammer l'ambition militaire de Bonaparte, la gloire antérieure de Hoche pouvait entrer pour quelque chose, n l'avait rencontré un moment à Paris entre le 13 Ven-

Page 1