CHAPITRE X
(iémiairc et le départ pour l'armée; et s'il était permis d'être un instant moins grave au milieu des terribles événements qui nous pressent, je rappellerais que Hoche avait été son prédécesseur dans une relation moins glorieuse que la carrière de Mars. Soit par l'effet de ce souvenir d'une préférence qui l'avait précédé dans le cœur de Mme Beauharnais, soit par l'inquiétude de la rivalité de Thémistocle éveillé par les lauriers de Miltiade, il est constant que Hoche était de tous les généraux en ligne celui qui préoccupait le plus Bonaparte. Avant de partir pour l'Italie, il s'informait de ce qu'il devenait dans la Vendée, qu'il avait déjà rejoint; arrivé en Italie, il demandait à tous les arrivants : « Oiî est Hoche? Que fait Hoche? » et beaucoup de ceux qui ont entendu ces questions ont cru qu'elles avaient été plus d'une fois accompagnées de soupirs et des yeux levés au ciel. César pleure de n'être pas encore assez illustre à l'âge où Alexandre avait déjà fait de si grands exploits!
Quelques jours après cette dernière et glorieuse pacification, Hoche nous écrivait que les principaux chefs, les Scépeaux, les Bourmont, ce dernier particulièrement, rendaient les armes avec une soumission qui lui paraissait très sincère. La plupart de ces Vendéens et chouans étaient de plus des émigrés; le devoir du général en chef de l'armée de la République n'était autre chose que de leur appliquer les lois sur l'émigration. Ces lois étaient la peine de mort. Nous avons pris sur nous; dans le droit et la sûreté de la pacification générale, d'autoriser le général en chef à déporter seulement les rentrés, surtout en Angleterre ceux qui nous avaient été vomis par ce pays. Le comte de Bourmont appartenait à cette catégorie anglaise. Hoche nous manda que le comte était venu se jeter à ses pieds en le suppliant de ne pas le forcer de retourner en Angleterre; qu'il préférait la mort sur la terre de France, à l'idée de retourner dans ce pays dont les émigrés avaient tant à se plaindre : il y avait tant à
reprocher au gouvernement anglais dans l'affaire de Quiberon, et dans toutes celles oii le sang français avait coulé d'un côté comme de l'autre! Bourmont demandait comme la plus insigne grâce d'être déporté en Suisse. Le général Hoche s'en référa à nous de cette demande, que nous accordâmes, et il le fit conduire en Suisse.
Quel est notre étonnement d'apprendre quelque temps après, par nos agents à Londres, que Bourmont y est de nouveau rendu; qu'il recommence des intrigues auprès du gouvernement anglais. Quelque temps après, la Vendée paraît vouloir renaître de ses cendres. Quel est notre autre étonnement encore d'apprendre que Bourmont, de nouveau à la solde de l'Angleterre, est revenu en France, débarqué par elle. Or le Bourmont dont il s'agit ici, est le même qui dans la suite donnera lieu à bien d'autres étonnements plus grands que celui-ci.
Bonaparte continue sa marche intrépide : il redouble d'impatience aussitôt qu'il est informé de l'ouverture de la campagne sur le Rhin. Il s'avance dans le Tyrol; il a frappé de contributions les fiefs impériaux pour les punir de leur résistance, qu'il appelle révolte; il a dirigé une colonne de son armée sur le lac de Gôme. Partout derrière lui il a fait désarmer les pays insurgés, et pour donner un exemple éclatant, il a fait fusiller quelques-uns des chefs tombés entre ses mains.
Soit qu'il pense ajouter à sa popularité et donner toujours plus de garanties à ses principes républicains, soit qu'il regarde déjà comme une querelle personnelle le dessein de la famille des Bourbons, il nous écrit de Vérone, en date du 45 prairial, qu'il n'a pas dissimulé aux habitants de celte belle et grande ville que si le prétendant y était demeuré, il l'aurait brûlée, pour avoir eu l'audace de se croire la capitale de l'Empire français en acceptant et en consacrant la résidence de celui qui osait se dire le Roi de France. Ce mot