‹ Mémoires;Chapitre 88 sur 302 · CHAPITRE X. 15a · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 15a

à'Empire fut alors peu remarqué. L'a-t-il été à une autre époque? a-t-il seulement été senti lorsque, prenant le titre d'empereur, Bonaparte laissait dans les premiers instants subsister le nom de la République française, même sur les monnaies, lorsque lui et les siens ajoutaient dans leurs mystifications : « On ne comprend pas ce que c'est que l'Empire : c'est toujours la République! » Au surplus, dans la dépêche où il nous entretenait de sa détermination énergique à l'égard d'une ville coupable envers la République française, Bonaparte écrivait : « Les émigrés fuient et vont porter en Allemagne leurs remords et leur misère ». Si la politique lui a fait depuis observer de meilleurs procédés pour les émigrés, il est bon de constater que sa générosité ne fut pas de premier mouvement.

Mantoue est investie : des affaires d'avant-postes ont eu lieu à notre avantage.

Revenons maintenant aux armées du Rliin. Le général Moreau, qui a commencé ses opérations un peu tard, vient d'exécuter le passage de ce fleuve, ordonné il y a longtemps par le Directoire; il s'est rendu maître du fort de Kehl ; deux de ses divisions, n'ayant pu se réunir au lieu indiqué, s'étaient jointes aux troupes qui assiégeaient ce fort : il paraîtrait que les ordres n'ont point été exécutés avec la précision nécessaire à ces sortes d'attaque en présence de l'ennemi. Ce mouvement était combiné entre le Directoire, Bonaparte et Moreau ; il doit amener sous peu la communication entre nos deux armées.

Le général espagnol Solano et son frère, désirant augmenter leurs connaissances dans l'art de la guerre, obtiennent du Directoire l'autorisation de se rendre près du général Moreau. Nos guerriers, qui étaient naguère encore plus jeunes écoliers de l'art militaire, en sont déjà regardés comme les maîtres. Puissent les trop^ bons enseignements de leurs procédés au champ de bataille ne pas rendre nos ennemis plus savants que nous-mêmes! Puissions-nous ne pas les voir prendre un jour, à notre cruel dommage, cette tactique révolutionnaire que nous avons créée et qui sera conservée par la tyrannie substituée à la liberté!

Informé tardivement, à ce qu'il paraît, mais rapidem-ent effrayé des progrès que les Français font en Italie, le roi de Naples a proclame une levée de soixante-dix mille hommes : les prières faites à

saint Janvier n'ont point obtenu cette levée, et n'ont point arrêté l'ardeur des Français. Le roi napolitain se détermine donc à envoyer des commissaires pour traiter de la paix.

Mais les triomphes militaires qui affermissent sans doute un nouveau gouvernement ne suffisent pas, si on ne les soutient par les combinaisons de la paix. En même temps que le Directoire fait vigoureusement la guerre, il médite des desseins qui peuvent étendre et assurer les forces de la France, aux distances les plus éloignées que les puissances maritimes semblent seules avoir le moyen d'atteindre.

Le Directoire a consulté Descorches, ancien ambassadeur à Constantinople, sur la Perse et sur les moyens qu'on pourrait employer pour établir des relations amicales avec cette puissance; on tentera des ouvertures non officielles pour savoir si l'empereur persan serait disposé â recevoir un envoyé français.

L'amiral Parker a été fort maltraité dans son attaque contre Léogane; il a été forcé de se retirer. La division française aux Indes Occidentales s'est emparée d'une partie de la flotte anglaise allant à Balda.

Il n'y a rien qui exige autant de sang-froid et de réflexion dans les hommes investis du pouvoir, que l'examen des plaintes et des dénonciations qui leur viennent de tous côtés; si cette attention est surtout commandée dans les moments de crise, elle est encore nécessaire dans tous les instants du joui^ où l'on a affaire aux passions individuelles. J'ai été plusieurs fois dans le cas de reconnaître que tel qui en dénonçait un autre était celui qui aurait dû l'être pour les faits dont il se portait accusateur.

Le 2 messidor, Saliceti nous écrivait qu'un nommé Pinçot, agent des finances, s'était permis de prendre les marques de commissaire du gouvernement près les armées, et de lancer des diatribes contre la République. Le ministre des finances nous annonçait en même temps que Pinçot dévoilait les gaspillages des finances en Italie et la dilapidation des caisses; qu'il élevait des doutes sur les circonstances fort suspectes de l'armistice conclu avec Naples; qu'enfin il inculpait Saliceti tout le premier.

Le général Moreau a obtenu quelques succès sur le Rhin.

Bonaparte écrit de Tortone qu'il va faire le siège de Mantoue, et que si l'on renforce son armée il sera sous peu sur le Danube. Carnot trouve cette annonce fort présomptueuse. Il se récrie contre la conduite sans mesure de Bonaparte qui a fait fusiller beaucoup de monde dans les fiefs autrichiens.

Jourdan a éprouvé un échec sur la Lahn et a été forcé de se retirer sur la Sieg. Carnot dit que si les chouans apprennent ce malheur avec satisfaction, les anarchistes en seront encore plus satisfaits.

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