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CHAPITRE XI

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Les Genevois sollicitaient la protection de la France, dont la forme de gouvernement doit ajouter à l'intérêt de leur alliance et nous les recommander comme frères et amis en même temps que comme alliés. Deux membres du Directoire s'élèvent contre la demande des Genevois. Ils la trouvent dangereuse si on l'accor" doit, parce qu'elle indiquerait une prédilection en faveur de cette république. Rewbell et moi déclarons que nous devons soutenir les Genevois par la raison même pour laquelle on voudrait nous les faire abandonner. La dissidence entre nous est au fond que les uns, raisonnant toujours dans les vues de l'ancienne diplomatie monarchique, voudraient toujours en suivre les errements, tandis que la République française, sans vouloir mettre l'Europe en propagande ouverte, doit cependant se conduire, même diplomatiquement, conformément à sa nature, c'est-à-dire qu'elle ne doit jamais perdre de vue qu'elle est une anomalie en Europe jusqu'à ce que les rois soient un anachronisme.

Le ministre de la police rend compte de quelques rassemblements provoqués par la dépréciation des mandats. Il prétend qu'il faut trouver les moyens de secourir les rentiers et la classe malheureuse du peuple. Sa demande est trop vague pour être seulement comprise : on ne passe pas facilement d'un papier-monnaie à un autre; que sera-ce quand il faudra opérer la transition du dernier papier monnayé à l'argent?

Le peuple, continue le ministre, est exaspéré; il est accablé de misère; le mot de liberté est reçu, même au théâtre, avec des murmures.

Le ministre des relations extérieures propose un traité d'alliance 9 Messidor. avec la Porte; ce traité serait vraiment humble et ridicule de la part de la République française : il est rejeté à l'unanimité. Le Directoire pense que l'intérêt le plus réel de la France serait de traiter avec la Russie.

Gaillard, notre résident à Berlin, annonce que par suite d'une lo Messidor. conversation de Carnot avec M. Sandos-Rollin, portant que le Directoire ne voulait pas de la ligne de neutralité, le roi de Prusse a rompu la négociation qui avait été entamée. Carnot avoue le fait, en disant que dans son opinion il ne voulait pas de la ligne de neutralité. « Ce peut être votre opinion individuelle, répond Rewbejl, ce n'est pas une raison pour la donner comme une volonté du Directoire. Notre autorité est collective, et ne peut jamais agir qu'avec ce caractère. »

Il y a toujours d'excellentes raisons pour inquiéter les gou- ii Messidor, vernants sur leur existence. Celle des gouvernements nouveaux prête davantage aux soupçons et aux alarmes; c'est une double ressource aux agents pour se rendre intéressants. On cherche à

7 Messidor an IV.

susciter de nouvelles frayeurs au Directoire : un rapport annonce qu'il y a du bruit aux Halles et que le pillage a commencé. La femme Blondeau aurait fait dire à Carnot que la faction d'Orléans se montrait partout. Toutes fois qu'on veut assigner des motifs d'intérêt particulier au parti de la Révolution, c'est toujours la faction d'Orléans. Le parti contre-révolutionnaire accuse sans cesse les rejetons de la famille d'Orléans, comme ils en accusaient le chef, qui, malheureusement pour lui comme pour nous, ne sut pas être celui de la France. Que Dieu réserve aux enfants de meilleurs destins qu'à l'infortuné père!

Carnot présente une nouvelle déclaration de Grisel, dont il continue à vouloir être le patron ; elle est dirigée contre Drouet. Nous remarquons avec le ministre de la police qu'il serait inconvenant de l'envoyer aux Conseils : ce serait de l'acharnement et de la personnalité. Rewbell demande la pièce à Carnot, qui la lui remet.

Tandis qu'on poursuit les anarchistes de France, la police voudrait étendre ses longs bras dans d'autres parties de l'Europe. La Revellière soumet une lettre de l'ambassadeur en Hollande, M. Noël, n ne craint point de faire la proposition d'arrêter les anarchistes qui veulent révolutionner ce pays. L'ambassadeur Blaw désirerait rester à Paris pour sa santé. L'estimable Hollandais n'est qu'un anarchiste, suivant Letourneur; il y aurait du danger à le laisser dans la capitale.

Plusieurs réfugiés napolitains demandent vainement la permission de rester à Paris : il semble que la République française doive être l'asile naturel des patriotes persécutés par les gouvernements absolus ; aux yeux de Letourneur, ce sont autant d'anarchistes délégués pour s'entendre avec ceux de France; il les enveloppe dans la môme rigueur et déploie à chaque instant plus de colère contre les uns et les autres. L'opposition vigoureuse et rassurante de Rewbell et la mienne semblent un peu le calmer sur les dangers qui l'épouvantent. La pétition est renvoyée au ministre de la police.

Le Conseil des Cinq-Cents a arrêté que les membres du bureau central dénoncés par le tribunal de cassation seront mandés à la barre. Le Conseil des Anciens prononce, après les avoir entendus, qu'il n'y a pas lieu à accusation à mesure que, les victoires de la République consolidant davantage ce qu'on appelait le problème de son existence, la cause des Bourbons est de plus en plus délaissée par les rois, leurs collègues et leurs parents. Le prétendant a reçu l'ordre réitéré de se rendre à Rothembourg; il s'y est refusé et a invoqué la protection de l'Angleterre ; l'Autriche s'en est formalisée. Le corps noble des émigrés est mécontent, celui des plébéiens l'est davantage. Ils réunissent à leur position déjà si peu heureuse

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