CHAPITRE XI
suis encore forcé de manifester toute mon opposition. J'obtiens que le Directoire passe à l'ordre du jour.
Des dépêches de Bonaparte datées de Pistoie font part de l'ar- ^^^''jy^'^'" mistice conclu avec le Pape. Sa Sainteté a été imposée à trente millions; elle en eût aussi facilement payé quarante, si les commissaires du Directoire n'avaient laissé entrevoir à M. Dazara, dont on avait accepté la médiation, que les Français ne pouvaient pas aller à Rome. L'ambassadeur espagnol a profité de cette confidence pour sauver dix millions au Pape.
Un commissaire du Directoire qui est encore auprès de l'armée d'Italie, Garreau, écrit de Gênes que les émigrés antifrançais paraissent fort satisfaits des mesures prises contre les terroristes. Cet agent ne dissimule point ses craintes sur la confiance exclusive que le gouvernement paraît accorder à Bonaparte. L'honnête Garreau ne sait pas encore qu'il est déjà peu nécessaire d'accorder à Bonaparte, lequel sait fort bien se faire à lui-même toutes les prévenances et les avances qu'il ne pouvait pas attendre d'une autre source.
Le ministre des relations extérieures nous communique un mémoire, écrit de la main du prince Henri de Prusse, sur un projet de pacification générale. Le prince présente des dispositions favorables à la République française, pour laquelle il témoigne une estime toute particulière; il propose entre elles deux un congrès, dont il exclut l'Angleterre et la Russie. Le prince désire que l'armée d'Italie puisse s'emparer du Danube et réduire promptement l'Autriche.
Carnot propose d'envoyer un ambassadeur à Turin. Il tient à l'opinion qu'il a déjà émise, d'augmenter les États du roi sarde; la majorité du Directoire n'est point de cet avis. La question n'en est plus là; elle serait trop étroite, s'il ne s'agissait que de calculer le plus ou moins de force qu'on fournirait à un tel roi contre tel autre pour créer ce qu'en style ancien on appelait équilibre. La vraie, la grande question moderne, c'est de profiter des moyens et de l'ascendant que les principes et la victoire donnent à la République française pour tâcher de mettre le système représentatif en mesure de faire face au système royal absolutiste qui tient encore sous son empire la plus grande partie du monde.
Le ministre des finances nous fait, d'après le désir de quelques députés, la proposition de régulariser définitivement une mesure relative à la soumission des biens nationaux. Ils y mêlent, comme lo Messidor à tant d'autres choses, des déclamations particulières contre aniv. la faction d'Orléans, l'on ne peut comprendre à quel sujet, car, . le duc d'Orléans père ayant péri, ses fils déportés, tous leurs biens confisqués, leur relation avec les biens nationaux consiste
uniquement à en être les victimes, puisque leurs biens ont été vendus sous cette dénomination; malgré toutes ces mesures prises, tous ceux qui veulent une faction « d'Orléans » continuent leur système, soutiennent que Dubois-Crancé en serait principal agent. Le Directoire passe à l'ordre du jour sur ces misérables calomnies.
Le roi de Naples ne veut point laisser venir jusqu'à lui nos armées triomphantes. Il conclut un armistice, et envoie à Paris le prince Pignatelli : ordre a été donné et expédié au commandant de la cavalerie napolitaine d'abandonner l'armée autrichienne. Le Pape a aussi conclu un armistice : il a livré à nos troupes la place d'Ancône, occupation avantageuse dans le golfe Adriatique. Le plénipotentiaire de Rome se rend à Paris pour le traité définitif. Le 3 juin, l'armée française a investi Mantoue et en a commencé le siège.
17 Messidor Les affaires de la République ne réussissent pas moins aux ^^ ^^- armées du Rhin. Jourdan et Moreau, dans plusieurs affaires partielles, ont battu l'ennemi; Jourdan s'est établi sur la rive droite du Rhin : nous sommes rassurés sur la position inquiétante de Kléber. Celui-ci a fort habilement manoeuvré et montré une grande fermeté en présence d'un ennemi bien supérieur en forces. Jourdan suit l'ennemi ; son quartier général est bientôt à Velmunster.
Le château de Milan, qui avait tenu encore depuis que la ville était occupée par nous, s'est rendu le H messidor. La prospérité de nos armes s'étend sur tous les points; la républiqutî de Lucques elle-même fournit des ressources à l'armée française. Les Anglais ayant abusé de leur autorité à Livourne, à notre préjudice, jusqu'à se permettre des hostilités contre les bâtiments français, le port et la ville de Livourne sont occupés par nos troupes; les bâtiments anglais ont pu se sauver, mais leurs magasins restent sous les scellés. Ronaparte a fait arrêter et renvoyer au grand-duc de Florence le gouverneur, qui n'a pas fait respecter les Français. Le grand-duc, soit loyauté ou crainte, destitue aussitôt M. le gouverneur de Livourne et promet d'en faire justice.
Moreau a chassé l'ennemi de ses positions : son quartier général est à Rastadt, où il a livré bataille. D'autres affaires brillantes ont suivi et ont valu de grandes pertes aux Autrichiens. Le 23 mes- 18 Messidor gidor, Morcau poursuivait ses avantages.
Le ministre de la police présente de nouvelles pièces contre Drouet. Elles lui ont été adressées par le directeur du jury; il propose de les envoyer aux Conseils. Une pareille intervention dans le cours de la justice paraît au Directoire plus qu'une inconvenance : il la repousse. Il apprend le lendemain que des membres des Conseils en ont eu connaissance clandestine par suite de soustrac-