‹ Mémoires;Chapitre 94 sur 302 · CHAPITRE XI. 1C · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 1C

lions. Le ministre Cochon est d'ailleurs en intelligence ordinaire avec ces messieurs pour leur faire connaître ce qui se passe dans l'intérieur de nos délibérations et leur signaler maintenant nos votes différents, que souvent même il transmet avec infidélité, et travestit selon sa passion. Mais, quoique la tendance de la police soit tout à fait dirigée contre les patriotes, elle ne peut se soustraire à l'évidence de la conduite du parti opposé. Elle est dans la nécessité de faire mention dans ses rapports de l'arrivée à Paris de beaucoup d'étrangers et de chouans. Carnot voudrait faire compensation pour ne pas délaisser un moment ce qu'il appelle les anarchistes ; il répond que des rassemblements formés par eux ont eu lieu pendant la nuit, et le ministre objecte que ces avis ne sont point exacts; qu'ils émanent du royalisme; que la nuit a été parfaitement tranquille , et Carnot paraît malheureux d'avoir la démonstration de cette tranquillité.

Depuis la paix conclue avec l'Espagne, quelques jours après notre installation, nous avons vécu en harmonie avec cette puissance, mais il n'y a eu rien de cimenté : il s'agit aujourd'hui d'établir ce qui a pu être négligé jusqu'ici. La discussion s'établit sur un projet d'alliance offensive et défensive avec l'Espagne. Il a été stipulé qu'aucun émigré ne serait employé dans les armées combinées, ni souffert à dix lieues des frontières de la République. Les prêtres déportés sont compris dans cette mesure, Carnot voudrait écarter cet article, quoiqu'il soit consenti par le roi d'Espagne. C'est une continuation de haine entre les Français qui pourrait éloigner le terme d'une réconciliation générale. Je suis, selon mon cœur, de l'opinion de Carnot : je désire ardemment que tous les Français puissent se réunir; mais il faut, pour qu'une réunion soit sincère et solide, que les adversaires de notre liberté commencent par abdiquer leurs prétentions. En môme temps Carnot voudrait qu'on traitât définitivement avec le Pape, en l'obligeant seulement à désavouer ses brefs qui ont produit un grand mal. Rew^bell et moi, peu inquiets de la question des brefs, nous pensons qu'il suffit de tenir le Pape en respect, pour en obtenir de l'argent : il en a tant

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lui-même depuis si longtemps soutiré de la chrétienté; il faut avant tout protéger les patriotes romains, puis, le jour où l'on voudra réellement éteindre le foyer de la superstition, il faudra commencer par s'occuper activement et vigoureusement de régénérer l'Italie, et de la constituer en république. La proposition est ajournée pour le moment, mais non repoussée à jamais.

Les camaraderies d'enfance entraînent souvent avec elles un intérêt d'affection sur lequel les hommes devenus adultes et surtout ceux arrivés à de grandes fonctions qui leur imposent de plus grands devoirs sociaux, doivent se tenir en garde. Carnot qui, quoique les mathématiques semblassent sa vocation, n'en est pas moins le plus souvent un être d'imagination, a des faibles sur cet article, et comme les faibles sont des passions fort peu explicables, je ne dirai pas qu'on ne peut concevoir son goût passionné pour un certain Beffroy qui a pris parmi le vulgaire le nom de Cousin Jacques, et qui se croit des idées politiques puisqu'il écrit tous les jours les Constitutions de la lunel A lui sans doute permis d'être tant qu'il voudra le publiciste d'une autre planète; mais, comme les prêtres, qui parlent toujours du ciel, ne s'occupent jamais que de la terre, celui-ci, tout en voulant nous faire croire qu'il est dans la lune, pour porter notre attention de ce côté, n'en est pas moins occupé d'intrigues subversives. Il est lié avec tous les ennemis de la République, et il est leur organe pour nous accuser et nous livrer aux méchancetés de l'aristocratie. Dénoncé sous plusieurs rapports au Directoire, qu'il poursuit de ses pamphlets quotidiens, le Cousin Jacques est défendu par son camarade de collège Carnot.

Le Conseil des Anciens a été fort agité sur le parti à prendre à l'égard du député Drouet. Harmand et plusieurs autres ont défendu Drouet : il ne s'agit pas seulement ici d'un citoyen, mais de la représentation nationale, de nou-

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