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LA FUITE DE FERDINAND IV

châtié Viterbo; que le général Lemoine, manœuvrant vers la Pescara avec la mission de soutenir au besoin les opérations de la gauche dans les Abruzzes, s'était rendu maître d'Aquila. Alors, s'en remettant pour le reste à la destinée et à son épée, il ordonna la marche en avant.

A Naples, Ferdinand IV avait retrouvé ses sujets fanatisés par l'esprit de patriotisme et prêts à mettre leur exaltation au service de leur roi, pourvu que celui-ci consentît à rester à leur tète; mais ce prince, pluspopulacier que populaire, avait eu peur de cette exaltation même, qu'il aurait pu détourner si profitablement dans le sens de la guerre et de l'action. Il se fit ainsi mépriser même des lazaroni et, devant l'irritation du peuple, se résolut à se retirer avec sa cour en Sicile (i). Cependant la défaillance du Roi ne fit qu'exciter à Naples le sentiment de l'indépendance nationale, de sorte que nous ne gagnâmes rien à ce que ce roi perdit dans l'opinion des siens. D'autre part, la situation dans laquelle les Napolitains sont le moins redoutables, c'est en régiments et en légions. La discipline, qui triple la force de toutes les autres armées, détruit la leur au point qu'un insurgé napolitain vaut autant que vaut peu un soldat napolitain. Or.

(1) II est cependant douteux que le peuple, malgré son irritation, eût laissé partir le Roi si lady Hamilton, femme de l'ambassadeur d'Angleterre et amie de la Reine, n'eût fait connaître à celle-ci un souterrain communiquant du château à la mer, souterrain dont on ne savait plus l'e.xistence, même au château, et que cette catin avait découvert pour la facilité de ses scandaleuses amours avec l'amiral Nelson. Ce fut par ce souterrain que, dans le plus grand secret, lady Hamilton transporta elle-même, et durant les sept nuits qui s'écoulèrent du 14 au 21 décembre, pour soixante millions de bijoux appartenant au Roi, et des sommes énormes, vingt millions; puis, sous l'escorte de Nelson et d'une troupe de ses gens, le Roi, la Reine, leur famille, leurs ministres, s'évadèrent le 21 décembre avant le jour, s'embarquèrent à bord du vaisseau amiral de Nelson , mirent à la voile le 23, et arrivèrent le 25 dans la rade de Palerme.

en entrant sur le sol napolitain, nous allions rencontrer contre nous, non seulement l'armée qui, bien que repoussée partout et très abîmée, nous restait très supérieure en nombre, mais surtout les habitants insurgés des villes et de la campagne et les quatre cent mille habitants de la capitale, qui allait être le point de ralliement de l'armée en déroute.

En nous engouffrant pour ainsi dire à travers la profondeur de ces populations levées en masse, en combattant sur deux cents lieues d'étendue depuis l'Adriatique jusqu'à la Méditerranée, en laissant nos forces séparées par la chaîne des Apennins, nous courions à notre destruction, à la perte de la gloire acquise et des républiques conquises; mais, s'il est des occurrences où l'on peut compter ses ennemis et calculer des probabilités, il en est d'autres où l'on est entraîné parla fortune, sans autre ressource que la volonté de se rendre digne de ses faveurs ; on prit donc le parti de l'audace et, dans une confiance qui rappelle et caractérise cette époque, on ne songea plus quà préparer l'attaque d'un royaume que d'avance on regardait comme une nouvelle République à fonder.

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