AU BORD DE LA PESCARA
et, avec sa netteté de vues si rarement en défaut, il conclut que ces démonstrations avaient pour but de donner le change sur une retraite. Ce qui semblait prouver que cette dernière opinion était la vraie, c'est qu'il nous revint de toutes parts une nouvelle, trop répandue pour n'être pas fausse, que les Napolitains allaient reprendre l'offensive et se serviraient de notre pont pour arriver jusqu'à nous.
Quoi qu'il en soit, à la nuit tombante, tout était prêt pour l'attaque comme pour la défense. Admirablement disposées, ou pour culbuter de front et d'écharpe les colonnes ennemies, si elles avançaient, ou pour marcher contre elles et tâcher de leur couper la retraite, si elles rétrogradaient, nos troupes s'ébranlèrent, dès que le jour pointait; mais, le Vomano à peine franchi, nous apprîmes que l'ennemi était en retraite par plusieurs routes depuis trois heures, et, malgré toute leur ardeur, nos soldats purent seulement rejoindre une colonne, lui faire trois cents prisonniers, s'emparer des équipages. Le chef de brigade Broussier, ami du général en chef et détaché par lui près du général Duhesme, arrêta avec un bataillon de grenadiers quelques bataillons de paysans qui, se voyant abandonnés par les troupes royales, mirent bas les armes. Le quartier général fut porté en avant, à Atri.
Grâce à cette marche heureuse, nous avions atteint la Pescara. à l'embouchure de laquelle se trouve la ville du même nom. La possesion de cette ville pouvait être pour nous d'un intérêt décisif; elle défend la baie, le port et le pont sur lequel passe la seule route voiturable qui existe dans les Abruzzes, et qui parfois est elle-même impraticable, par suite des éboulements de terre qu'occasionnent les débordements de torrents. Toutefois', Pescara est à cheval sur la rivière; pour en former l'inves-
tissement, il faut être maître des deux rives ; et comme la Pescara est le plus fort, après le Pô, des cours d'eau qui se jettent dans l'Adriatique, comme elle n'est pas guéable, qu'elle débordait, que nous n'avions pas une barque pour aider à l'établissement d'un pont; comme la neige, la boue, le froid rendaient cet établissement très difficile en présence de l'ennemi prêt à gêner nos travaux; comme, d'autre part, la place régulièrement fortifiée, armée de quatre-vingts bouches à feu, était défendue par deux mille hommes de troupes qui ne manquaient de rien; comme nous ne pouvions l'attaquer sans un équipage de siège, et que nous étions presque sans munitions, n'ayant que quatre pièces d'artillerie, dont deux légères et deux de quatre, devant tant de difficultés, on peut dire d'impossibilités, le général Duhesme se trouva dans la plus grande perplexité-
Précisément venaient d'arriver les instructions du général en chef, ordonnant au général Duhesme de mener la campagne telle que celui-ci l'avait commencée d'inspiration,et lui donnant comme but de s'emparer du cours de la Pescara et de tenter ce qui serait possible contre la ville. Dans son embarras, le général Duhesme venait de s'arrêter à la pensée de laisser son artillerie sous la garde du général Monnier, et de huit cents hommes à l'abri de retranchements, puis de remonter la Pescara, de surprendre ou de forcer le passage en amont au pont de San Clémente , d'arriver ainsi sur la droite de la rivière, de repousser qui lui barrerait la route, de s'emparer de Ghieti, ville de ressource et d'influence, et de marcher de là à l'investissement de Pescara. En même temps, par une dépêche au général en chef, il demandait que le général Lemoine, qui manœuvrait sur le plateau des Abruzzes, vers la source de la Pescara, et qui devait être maître d'Aquila, reçût l'ordre de descendre