COMMUNICATIONS COUPEES
jusqu'à Solmona, afin que là des opérations communes pussent être concertées, et qu'en tout cas, par cette jonction des deux corps français, les communications des Napolitains fussent coupées entre les Abruzzes et Naples. Ce parti était si militaire et d'une conception si nette, que le général en chef en avait ordonné déjà la réalisation au général Lemoine; les choses, à l'insu même du général Duhesme, étaient donc en meilleure voie qu'il ne les croyait lorsque, comme pour déjouer tous ces calculs, une insurrection générale éclata spontanément, non seulement dans les Abruzzes, mais encore dans la partie des États romains formant le département du Tronto, c'està-dire non seulement autour de nous, mais sur nos derrières.
Tout Français isolé était impitoyablement massacré; nos partisans partageaient le même sort, et bientôt les forcenés, enhardis à des entreprises plus sérieuses, exécutèrent par les deux rives du Tronto un mouvement combiné sur les retranchements du pont que nous avions construit et laissé à la garde du bataillon romain; ils firent prisonniers tous ceux de ce bataillon qui survécurent au combat; ils restèrent maîtres de nos ouvrages, qu'ils respectèrent, comptant s'en servir; puis ils se dirigèrent sur Giulianova, à la poursuite de la compagnie d'artillerie et du convoi de munitions qui, par la route de la Marine, nous arrivait d'Ancône. Ce convoi était près de nous rejoindre; on a vu que nous en attendions le renfort pour commencer notre opération contre Pescara. Le commandant qui le conduisait put se défendre à coups de mitraille; mais nos communications par la route de la Marine, la seule que nous pouvions espérer maintenir, étaient coupées; avant de nous engager plus avant, il fallait les rétablir. L'adjudant général Planta, qui, devenu général romain, était arrivé parmi nous
en demandant de la gloire à conquérir, fut chargé de châtier les communes qui se trouvaient sur la rive droite du Tronto, de reprendre notre pont et les deux pièces de canon qui le flanquaient; mais, au lieu d'attaquer avec vigueur les villes qu'il fallait ressaisir pour arriver à l'attaque du pont, c'est-à-dire Corropoli et Nereto, où les insurgés s'étaient retranchés, il parlementa, fut repoussé avec perte et ramené lestement jusqu'à Giulianova, laissant en arrière nos communications coupées sur une plus grande étendue qu'elles ne l'étaient avant sa démonstration. Et pour que rien ne manquât à la gravité de notre position, le général Duhesme apprit que le lieutenant général de Gambs, remplaçant le général Micherouxàla tête du corps napolitain desAbruzzes, venait d'arriver à Chieti, c'est-à-dire à trois lieues de Pescara, suivi d'un renfort de deux mille hommes de troupes. Ajoutons que, dans la nuit même où nous parvint cette nouvelle, il tomba quatre pieds de neige.
On retrouve ici un exemple de ce qui se produit dans toutes les positions extrêmes : chacun se crut en droit d'émettre une opinion, et toutes les opinions furent pour le parti le plus timide, c'est-à-dire pour ne plus faire un pas en avant, que les rebelles ne fassent châtiés et que sur nos derrières le feu de la révolte ne fût éteint; mais il se produit aussi que plus les circonstances sont menaçantes, plus un chef d'un ordre élevé les domine, et le général Duhesme, résolu à jouer le tout pour le tout, se contenta de renforcer le général Planta, en lui donnant l'ordre de rouvrir à tout prix la communication ; puis,^ sans plus s'inquiéter de ses derrières, il résolut de marcher sur Pescara.
C'était vouloir se porter tête baissée contre on ne savait quels dangers. Si le général de Gambs, qu'on disait un homme de tète, imaginait le mouvement inverse à