‹ Mémoires;Chapitre 120 sur 222 · RENCONTRE DESIREE · texte numérisé non relu

RENCONTRE DESIREE

stupeur par cette offensive continue, malgré tant d'obstacles, ils furent en quelque sorte battus avant d'être attaqués, et, comme ils se trouvèrent assaillis avec la plus grande vigueur, une partie se dispersa et l'autre mit bas les armes, nous abandonnant l'artillerie et les bagages de toute la division. De son côté, le général Rusca, auquel le passage de quelques torrents avait fait courir les plus grands risques, arriva néanmoins au pont de San Clémente, et, après l'avoir traversé sans opposition, il opéra sa jonction avec le colonel Broussier. Ainsi réunis, n'ayant plus de corps ennemis à leur portée, tous deux se dirigèrent vers Popoli, pour avoir des nouvelles du général Lemoine, arrivant par le plateau des Abruzzes de la province d'Aquila.

Le capitaine Girard, aide de camp du général Monnier, avait demandé et obtenu de faire cette expédition avec le colonel Broussier, pendant que son général occupait Ortona a Mare; marchant à la tête des éclaireurs, il aperçut tout à coup, et à quelque distance avant Tocco, un détachement de chasseurs à cheval français venantà lui. C'était l'escorte d'un officier envoyé par le général Lemoine et porteur de dépêches de ce général et du général en chef. Par ces dépêches, le général Championnet annonçait au général Duhesme son arrivée sur le Volturne et lui ordonnait d'opérer sans retard sa jonction avec le général Lemoine, de ne laisser dans les Abruzzes que les garnisons nécessaires à la conservation des places de guerre, et avec le reste de ses troupes de se rendre dans la plus grande hâte possible à travers les Apennins à Venafro, où il trouverait de nouveaux ordres, sa coopération devenant indispensable pour les opérations ultérieures. Il s'agissait d'une dernière et suprême bataille à livrer aux Napolitains, qui, réunis sur la rive gauche du Volturne, protégeaient Capoue, der-

nier rempart de Naples. Enfin, par sa dépêche, le général Lemoine informait le général Duhesme des combats qu'il venait de livrer, des succès qu'il avait eus, des pertes qu'il avait faites, et finissait en lui donnant rendez-vous à Solmona pour concerter le mouvement qui leur restait à opérer.

C'est entre des ravins et des escarpements presque inaccessibles, au milieu de populations insurgées, que le général Lemoine avait dû marcher; c'est rue à rue, maison à maison, qu'il avait dû prendre Aquila. Piètre général, il avait commis de nombreuses fautes, et ses principaux succès furent dus à l'héroïsme de ses troupes, à l'indicible courage du général Point, qui malheureusement paya son ardeur en se faisant tuer à l'attaque de Popoli.

Empêché par la saison, l'aspérité des lieux, l'extraordinaire difficulté des moindres mouvements, le général Lemoine, sans cesse harcelé sur sa route, n'avait pu arriver aussitôt qu'on l'avait espéré devant Popoli; la ville avait dû être enlevée à la baïonnette, les habitants, sauf quelques centaines de prisonniers, furent tous passés au fil de l'épée.

Cette exécution faite, le général Lemoine s'était remis en marche pour communiquer avec le général Duhesme. On sait que le général en chef avait ordonné cette coopération, que le général Duhesme l'avait demandée, et c'est ici l'occasion de dire que jamais, en effet, deux chefs éloignés l'un de l'autre, et sans communications pour ainsi dire, ne s'entendirent ou ne se devinèrent mieux; que ce que l'un provoquait était précisément ce que l'autre ordonnait; d'où il résultait que les ordres se trouvaient exécutés avant d'avoir été reçus, parfois même avant d'avoir été donnés. Effet remarquable d'une harmonie de zèle, de dévouement et de capacité. Et cette

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