‹ Mémoires;Chapitre 121 sur 222 · DEPECHES DU GENERAL EN CHEF · texte numérisé non relu

DEPECHES DU GENERAL EN CHEF

heureuse harmonie, le général Championnet la signala ainsi dans sa dépêche au Directoire exécutif, datée de Caserta, le 25 nivôse (14 janvier 1799) : « ... Le général Duhesme, isolé, sans communications, n'a conduit sa division à la victoire que par ses grands talents, parce que, saisissant l'ensemble des opérations, il a jugé qu'il n'y avait à faire que ce qu'il a fait. Sans nous concerter, nous avons eu le bonheur de nous entendre parfaitement sur le plan que j'avais adopté. »

Quoi qu'il en soit des prévisions habiles qui avaient préparé cette jonction et des difficultés qui en rendirent l'exécution si pénible, elle était pour ainsi dire faite, et la seconde partie de la mission donnée au général Ruscase trouva remplie par l'arrivée de cette nouvelle et par la réception des dépêches et des ordres. Rusca s'arrêta donc à Tocco, et, pendant que l'officier du général Lemoine rebroussait chemin, Broussier rétrograda sur Chieti, où il ramena, et les prisonniers qu'il avait faits, et les pièces qui lui avaient été abandonnées; il apportait en même temps au général Duhesme les dépêches qui lui avaient été remises et dont il n'aurait pas dû se charger, car il était régulier que l'officier du général Lemoine. avant de rejoindre sa brigade, eût communiqué directement avec le général Duhesme et en eût reçu des ordres, ce qui eût prévenu une fatale catastrophe.

Ces dépêches à peine reçues, les ordres partirent pour faire rentrer à Chieti le 64" détaché à Teramo (1) et les

(1) Lorsque avait éclaté le mouvement Insurrectionnel des paysans derrière nous, au moment de notre arrivée sur la Pescara, quatre mille d'entre eux s'étaient portés sur Teramo, place importante qui se trouvait au centre de la région révoltée. Nous y avions laissé une faible garnison; mais le capitaine qui la commandait ne se laissa pas surprendre ; il ût même payer son évacuation de Teramo. et, ayant jugé avec sagacité que sa retraite sur la division serait impossible, il se reploya sur Civitella del Tronto, où il trouva

troupes de renfort sous les ordres de Planta. Le conseil supérieur, dont j'ai parlé, fut organisé et présidé par le baron de NoUi: il fut chargé de créer partout des municipalités qui seraient composées d'hommes exclusivement dévoués à notre cause. Ce conseil eut également la mission d'organiser les gardes nationales dans le triple but de continuer le désarmement de nos ennemis, d'armer nos partisans et de donner quelques auxiliaires au petit nombre de troupes que nous pouvions laisser dans les Abruzzes ; c'était aussi le moyen d'employer une partie des prisonniers dont nous ne savions que faire. La levée d'une légion napolitaine fut donc ordonnée, et son commandement fut confié au colonel Hector Caraffa, duc d'Andria, Napolitain qui, par contumace et pour fait de révolution, avait été condamné à mort ou à la déportation, et qui, pour rentrer dans sa patrie sous la protection de nos armes, venait de rejoindre le général Duhesme. Cette idée, au surplus, fut heureuse, car en peu de jours cette légion, à la suite de laquelle quelques officiers de la 27" légère furent employés avec des grades supérieurs, fut de près de neuf cents hommes et finit par en avoir plus de deux mille. Coutard, qui avait reçu le commandement de Pescara, fut nommé en même temps gouverneur des Abruzzes et reçut, ainsi que le commandant de Civitella del Tronto, de nouvelles instructions ; enfin le commandant d'Ancône fut informé que la division allait se porter sur Capoue, et que Coutard demeurait investi de pouvoirs supérieurs.

un appui pour sa troupe et un asile pour un assez grand nombre de patriotes dont les jours étaient menacés et qu'il sauva. Or, pour reprendre Teramo aux révoltés, le général Duhesme avait fait rétrograder le 1" bataillon du 64^ sous les ordres du chef de brigade Chariot, qui exécuta cette reprise avec autant d'habileté et de vigueur que Planta en mit peu vis-à-vis de Corropoli et de Nereto. Chariot rejeta les insurgés dans les montagnes et poursuivit leurs dernières bandes aussi loin que les neiges le lui permirent.

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