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322 MÉMOIIIES DU GENERAL liARON THIEBAL'LT.
marcher contre ce rassemblement. Sans doute, il parvint à le joindre et à en faire une grande déconfiture; peutêtre même sans son intervention cette bande aurait achevé de s'organiser, en aurait rallié d'autres et certainement aurait tenté de barrer le passage à ma brigade qui restait en arrière; mais, quelle que soit son excuse si l'on considère le service qu'il a pu rendre, il ne devait en aucun cas se croire libre dans la question de temps, et il fit une faute en retardant de trois jours son arrivée à Solmona.
Ce ne fut pas tout. Pour comble de malheur, le géné-
r.il liusca, qui devait de même avec sa brigade se rendre i
à Solmona, avait été forcé d'attaquer et d'enlever à la ;'
baïonnette deux des villages qui se trouvaient sur sa ■\
route; il ne put éviter vingt-quatre heures de retard, et. !
grâce à cet ensemble de circonstances, le général Du- ]
hesmc, au lieu de rencontrer au rendez-vous le général i
Lemoine avec des troupes et d'être rejoint presque en -^
même temps par ses deux brigades, se trouva tout juste '|
avec la trentaine de dragons formant son escorte, autant ■
de fantassins composant sa garde, le commissaire des i
guerres Odier et ses aides de camp. Toutefois, comptant ^
de moment en moment sur l'arrivée de ses brigades, il j
se décida à rester. La soirée du 5 janvier et la nuit se j
passèrent dans cette attente. Sans nouvelles et sans ren- 1
forts, il aurait dû rétrograder dès la pointe du jour; il ^
différa néanmoins, en telle sorte que, le 6 au matin, il j
apprit que dans la ville tout prenait un aspect sinistre, i
Dès lors résolu à la quitter, au moment où il allait j
monter à cheval, deux prêtres demandèrent à lui parler j
et par de prétendues révélations lui firent perdre le peu •
de temps qui lui restait; de fait, il s'en était à peine ,
débarrassé que sa maison se trouva environnée par de I
nombreux paysans armés, qui proféraient des cris affreux j
LE GÉNÉRAL DUHKSME HLESSÉ. 323
et commençaient à tirer des coups de fusil. Sa garde d'infanterie voulut écarter ces forcenés; mais, perdant des hommes sans espoir de réussite, elle fut contrainte à rétrograder : « Enfermons-nous et défendons-nous dans cette maison, s'écria Odier... — Non! répliqua le général Duhesme, mieux vaut mourir à cheval que brûlé ou égorgé. » Ce parti du désespoir était aussi la seule chance de salut; entouré de ses dragons, de ses officiers, suivi de ses fantassins, le général se précipita sur les forcenés. L'imminence du danger fit un héros d'Odier luimôme (1), qui par métier n'était pas préparé à l'être, et, grâce à des efforts inouïs, au milieu d'une grêle déballes et d'une lutte qui devint une tuerie, on parvint à se faire jour à travers une rue longue, étroite, tortueuse, encombrée de brigands; bref, à sortir de cette ville ou plutôt de ce coupe-gorge. Mais plusieurs hommes avaient été tués, d'autres blessés, et de ce nombre le général Duhesme, atteint d'une balle à lépaule gauche et d'une seconde à la bouche.
Cependant la brigade Rusca, accélérant le pas au bruit de la fusillade, approchait, et la rencontre se fit bientôt avec le général. En le voyant couvert de sang, les chefs, les soldats furent pris de colère et redoublèrent le pas ; mais qu'on ne croie pas qu'à leur approche les brigands évacuèrent la ville. Loin de là, il fallut une attaque en règle pour châtier ces paysans qui ne cédèrent qu'à la baïonnette et qui, refoulés dans les monta-
(1) Odier rtait un brave jeune liomme, et, quoique je ne l'aie jamais vu à l'épreuve, je crois que c'était un jeune homme brave. Mais, un jour qu'il se vantait de la manière dont il avait payé de sa personne dans celte circonstance, le général Duliesme lui dit : « La bravoure, mon cher, ne peut être honorable que quand on a pu ne pas être brave impunément: mais quand on n'a pu sauver sa vie que par de la bravoure, on n'a pas à se vanter de ce mérite involontaire. »
324 MEMOIRES DU GENERAL BARON TEllERAULT.
gnes, a3'ant perdu quatre cents des leurs, restèrent menaçants encore. Un nommé Pronio, qui a continué à jouer un grand rôle dans les insurrections desAbruzzes. était le chef de 3,000 hommes employés à cette entreprise, que la ville faillit payer par le pillage et Tincendie; sans la nécessité d y attendre le général Monnier et de la garder comme lieu de halte pour le passage de ma brigade, enfin sans les blessés que le général Lemoine y avait laissés, elle eût subi ce juste châtiment; du moins trente de ses habitants, signalés et convaincus d'avoir secondé ce Pronio, furent de suite arrêtés, jugés et fusillés. L'exemple, au surplus, était indispensable; car, si cette attaque avait eu lieu, c'est qu'à ce moment même le tocsin avait sonné depuis la crête des Apennins jusqu'à l'Adriatique, et cet immense soulèvement était provoqué par une proclamation du Roi appelant tous les Napolitains aux armes. Cette proclamation, accompagnée des instructions du gouvernement, était contresignée par les évêques et par les prêtres, qui en multipliaient l'effet en prêchant le massacre et la guerre.
Le général Duhesme parvint à se procurer un des exemplaires de cette proclamation, contresignée par je ne sais plus quel évêque. Elle portait de se réunir sur nos derrières, d'égorger tous ceux de nos hommes qu'on pourrait atteindre ou surprendre et, comme on va à la chasse des bêtes sauvages, d'aller à la chasse des Français, que Dieu, pour les livrer, écarterait de leurs régiments, rendrait malades ou ferait blesser. Elle portait en outre de ne faire grâce à aucun de ceux des habitants qui nous seraient favorables, ou même qui seraient soupçonnés de l'être.
Peu d'insurrections ont été aussi formidables. C'était une croisade; or, ainsi que je l'ai dit, après nous avoir forces à les mépriser comme soldats, ces Napolitains