REPRESSION DES ABUS
rai en chef: mais, comme ces payements ne devaient avoir lieu qu'en cas de non-restitution, les généraux de division et les chefs d'administration reçurent Tordre impératif de faire faire des déclarations individuelles écrites et signées par chaque officier ou employé relevant de leur autorité ; ces déclarations devaient être adressées en original au général en chef lui-même, contrôlées ensuite et punies sévèrement en cas de fausseté. La mesure ne pouvait manquer d'être et fut efficace. Le général Championnet tenait ainsi sa promesse de faire respecter les propriétés comme les personnes ; il commandait la confiance et complétait sa conquête par celle de l'attachement et de l'estime.
Peu de jours après, la République romaine, reconnaissante de ce que nous avions affranchi son territoire de la présence et des dévastations de l'armée napolitaine, décerna cinq millions de gratifications à l'armée de Rome ; mais il en fut de ces millions comme du milliard que la Convention avait décrété pour être réparti entre les soldats des armées françaises (1) et que la Chambre de 1815 attribua aux émigrés, en indemnité de biens vendus pour soutenir la guerre que ces émigrés avaient faite et provoquée contre nous, d'accord avec l'Europe entière coalisée à leur voix. Cependant une armée sans magasins, sans caisse et sans solde est une armée sans forces, et le premier soin du général en chef était de se procurer, au nom du Directoire qui lui en laissait la charge, les moyens de pourvoir à tous les besoins présents et futurs de l'armée. On se rappelle cet arriéré de solde qui avait servi de prétexte à l'insurrection des officiers de l'armée de Rome; eh bien, il n'avait jamais
(1) C'est à propos de ce fameux milliard promis et non payé, que nos soldats, riant de tout, même de la mort, disaient lorsqu'un de leurs camarades venait d'être tué : « Encore un qui a son décompte du milliard. »
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été que fractionnairemenl payé, et, quoiqu'en trop grande partie il eût été acquitté déjà par la mort, on redevait encore sur lui une très forte somme aux anciens corps de cette armée; de plus, cet arriéré s'était augmenté par ce qui était dû aux nouveaux corps arrivés, et devait s'accroître encore vis-à-vis des corps qui étaient attendus et que l'on faisait partir de Milan en leur disant : « Allez vous faire payer àNapIes. »
L'armée, en effet, devait être portée si ce n'est à cinquante mille hommes, fixés par le plan de campagne, du moins à quarante mille, ainsi que le général Championnet le jugeait indispensable et que je le jugeais insuffisant (1); il fallait se mettre en mesure non seulement de solder ce qui restait dû, mais encore d'empêcher qu'un nouvel arriéré ne se formât. Ce fut un des premiers objets de la sollicitude du général en chef, qui, opérant sur des documents officiels et vérifiés par lui, prit, au nom de la République française, possession des biens et revenus particuliers du roi, de ses mobiliers, des musées, du produit des fouilles de Pompei, et préleva une contribution non de soixante-dix millions de francs, dont dix au compte de Naples, comme le dit Cuoco (2), mais de soixante millions, savoir : quarante-quatre payables par les différentes provinces du royaume, à mesure qu'elles seraient soumises et pacifiées, et seize par la ville de Naples et par les États du roi; cette dernière somme devant être soldée par trois millions payables en huit jours, quatre millions huit jours après et les neuf restant vingt jours après le second payement. De telles exigences ne cadraient pas, à vrai dire, avec la proclamation qui, dès
(1) Dans cotte évaluation se trouvaient comprises les troupes nécessaires à la conquête de la Sicile et à son occupation, sans laquelle nos succès resteraient précaires.
{i) Rivoluzione di Napoli.
CONTRIBUTIONS ET RÉQUISITIONS. '43a
notre entrée à Naples, avait été adressée aux habitants et qui portait ces mots : « Votre liberté est le seul prix que la France veuille retirer de sa conquête » ; mais le dénûment de l'armée, auquel le pays napolitain seul et non la France était en mesure de parer, les sacrifices qui s'imposent pour assurer une conquête, ne permirent d'hésiter pas plus sur le fait que sur le taux de la contribution; le désir d"enrichir notre patrie de quelques chefsd'œuvre qui rappelassent cette brillante campagne, justifia la confiscation des musées, et le général en chef ne put pas même s'en tenir là. Forcé de renouveler en totalité l'habillement et la chaussure des troupes, que deux campagnes courtes, mais si actives, avaient détruits; ayant à prévoir aussi les mômes besoins pour les corps et les conscrits annoncés, il ordonna la confection immédiate de quarante mille habits et d'autant de capotes, de quatre-vingt mille paires de souliers, de six mille paires de bottes et de quatre-vingt mille chemises, enfin l'achat de quatre mille chevaux de cavalerie et de quatre mille d'artillerie et de transport, ainsi que les harnais et les fournitures nécessaires pour la réparation de selles et de brides, etc. Aussi , rendant compte au Directoire des contributions qu'il avait reçu l'ordre de frapper, pouvait-il ajouter : « Je fais reposer Tarmée; je vais la solder, la rhabiller, la pourvoir de tout ce qui lui manque, et la mettre à même d'utiliser de nouveau son courage héroïque pour la gloire delà France. » Le 23 janvier, le gouvernement napolitain avait été organisé; le 24 et le 25 furent donnés au choix de ses membres et deceuxde lamunicipaUté;le26, le nouveau gouvernement fut proclamé avec la plus grande pompe, et le 27, accompagné par tous les généraux de l'armée présents à Naples, suivi par les officiers des états-majors, escorté par quatre bataillons et par quatre escadrons en grande te-