‹ Mémoires;Chapitre 163 sur 222 · CHAMPIONNEÏ ET LA COMMISSION CIVILE · texte numérisé non relu

CHAMPIONNEÏ ET LA COMMISSION CIVILE

compliquer d'une manière atroce, et voici comment. Lorsqu'il était arrivé à la tête de l'armée de Rome, pour remplacer Macdonald, il avait trouvé son prédécesseur vivant en paix avec tout le monde, ayant l'amour des commissaires et de leur insatiable bande que Berthier avait tant favorisés, mais que Gouvion Saint-Cyr avait vainement essayé de réprimer. Or, avant même d'entrer à RomeetàAncône, où déjà il était assourdi par tout ce que le cri public proclamait sur les abominations auxquelles Rome et les États romains avaient servi et servaient de théùtre, il avait sonné le tocsin contre les voleurs, en s'écriant dans une lettre au Directoire : « Je découvrirai et ferai disparaître ces sangsues dévorantes. » A peine à Rome, il poursuit tous les spéculateurs; l'indignation qHe lui causait tout ce brigandage était telle que peu d'heures avant de recevoir l'avis de sa destitution, à Naples il écrivait encore : « Des magasins approvisionnés pour nourrir 30,000 hommes pendant trois mois sont vides. La race toujours vorace de vos commissaires et agents a tout détruit. » Mais, n'écoutant que les rapports des commissaires eux-mêmes, le Directoire avait décidé qu'une commission civile, dans le genre de celle de Rome, serait attachée à chacune des armées de la République, et c'est ainsi qu'à l'armée de Naples avaient été attribués le commissaire civil Faypoult, le contrôleur Méchin, le receveur Ghanteloup, le commissaire civil ayant droit aux honneurs militaires du même grade que le général de division.

Tant qu'avaient duré les combats, l'oubli avait entouré ces commissaires « si vils », comme les caractérisaient nos soldats; mais sitôt Naples prise, ils commencèrent à faire plus de bruit. Bientôt on sut qu'ils espionnaient, observaient, calomniaient. On était loin encore d'attacher quelque importance à leurs menées et surtout de

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supposer qu'ils pussent résister au moindre souffle d'un général en chef qui avait fait flotter le drapeau tricolore du front du Capitole au cratère du Vésuve. Quand, pour répondre à l'Europe prête à se ruer sur elle, la France n'avait que des armées afl'aiblies et dispersées, comment n'être pas frappé de ce fait que le concours d'un général comme Championnet était une Providence? Et cependant les commissaires, ravalant tout ce qu'il avait fait, tout ce qu'il voulait faire, ne cessaient de prôner le général Macdonald et réussissaient dans leur rùle de dénonciateurs, parce que. à l'abri de ce rùle, ils servaient de puissants intérêts. Ainsi deux pouvoirs et comme deux camps se formèrent dans l'armée, l'un composé des troupes et des généraux, l'autre de la clique commissariale ayant pour homme d'armes le général Macdonald. Sans hésiter, le général Championnet jeta le cri d'alarme vers le Directoire, contre la commission civile qui. excitant par des exactions l'indignation et les murmures de l'armée, faisait exécrer la Liberté plus que les Rois; il s'indignait notamment do ce que le caissier, personnage inconnu dans les fastes de la Révolution et, dans le cas présent, le plus proche parent du commissaire civil, eût. à titre d'allocation, droit à une remise qui pouvait s'élever à trois millions six cent mille francs (1); il annonçait enfin qu'il s'efforçait d'opposer une digue terrible aux intrigants et aux voleurs.

Cependant, en témoignant d'une telle résolution et en la confirmant par des dépêches au Directoire, le général Championnet rendait plus saisissant le seul tort qu'il pouvait avoir aux yeux de ce même Directoire ;

(1) Ce revenu colossal était produit par l'abandon fait au caissier de trois centimes sur toutes les sommes par lui perçues. Jamais caissier n'avait été et raisonnabloment ne pouvait être ainsi rétribué. Aussi n'était-il qu'un prête-nom.

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